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Le Grenelle de l'Environnement pourrait détruire des emplois pendant 50 ans

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Souvenez-vous, c'était il n'y a pas si longtemps, à peine un an et demi, le Gouvernement avait commandé un rapport d'évaluation au Boston Consulting Group sur les mesures du Grenelle de l'Environnement. Tout était merveilleux, les petits oiseaux gazouillaient, l'avenir était radieux, car le Grenelle allait "créer 600 000 emplois sur la période 2009-2020 et générer 450 milliards d'euros d'investissements". La vie était belle, la guerre au carbone était lancée, l'écologie allait créer de l'activité, un monde plus sain allait advenir, l'UMP se gargarisait de faire un pari gagnant, etc etc...

Et puis, la crise des dettes souveraines est venue troubler la fête, en rappelant quelques réalités banales : si les arbres ne montent pas jusqu'au Ciel sur les marchés, il en est de même pour le budget de l'Etat. Quand un pays connaît des déficits continus depuis plus de trois décennies, un jour inévitablement il finit par en payer le prix. Subitement, on a commencé à s'inquiéter du coût budgétaire de certaines mesures du Grenelle. Ensuite, les groupes de pression ont lancé une attaque massive afin de protéger leurs intérêts, et certains ont obtenu ce qu'ils voulaient.

Enfin, au mois de décembre, ce fut le coup de grâce. Des membres de la Direction Générale du Trésor ont publié un document de travail, en prenant bien soin de préciser qu'il n'engage pas le Gouvernement, sur les impacts macroéconomiques du Grenelle de l’Environnement. Et le son de cloche est très différent ! Certes, à court terme, la croissance et l'emploi seront stimulés par les investissements : "Le surcroît d’activité attendu est compris entre 0,4 % et 0,5 % la première année dans tous les scénarios, pour atteindre un maximum en 2014 entre 1,6 % et 1,9 %. En 2020, les quatre scénarios conduisent à un PIB plus élevé de 0,4 % à 0,8 % par rapport au scénario de référence. Selon les scénarios, l’économie compte entre 200 000 et 250 000 emplois supplémentaires au plus fort des dix premières années". Mais vous remarquerez qu'entre l'analyse 2009 et celle de 2010, le nombre d'emplois potentiellement créés est divisé par 3 !

Par ailleurs, l'analyse de 2009 s'est contentée d’anticiper les effets du Grenelle jusqu'en 2020, alors que la suivante a opté pour une période plus large : 2010-2050. Et là qu'apprend-on ? Rien de bon : "En revanche, le net ralentissement puis l’arrêt des investissements ainsi que la hausse des prix et des prélèvements obligatoires nécessaires à leur financement annulent les gains économiques du Grenelle après 2020, par rapport au scénario de référence. Les impacts sur le PIB et l’emploi deviennent négatifs à partir de 2021".

Pire encore, dans un article du Monde, il est précisé que les effets négatifs se feront sentir à très long terme : "Si l’impact sur le PIB devrait disparaître à partir de 2035, la perte d’emplois ne devrait se résorber que très lentement et s’éteindre avec les dernières dépenses publiques, prévues ici pour 2079. Et ce en dépit "d'hypothèses (très) optimistes". Ce qui veut donc dire, d'après les économistes du Ministère, que le Grenelle pourrait détruire des emplois pendant 50 ans !

Evidemment, ne souhaitant pas être pris en défaut, ils prennent soin de préciser que : "Comme tout exercice de simulation, les résultats présentés font appel à plusieurs hypothèses, à la fois sur les chroniques d’investissement anticipées et sur la modélisation des mécanismes macroéconomiques. Ils doivent donc être considérés avec prudence. En particulier, il n’est pas évident que les mécanismes incitatifs mobilisés soient bien calibrés pour générer les montants d’investissement prévus. Enfin, les modalités des financements publics du Grenelle, ainsi que les possibles effets d’apprentissage et gains de productivité jouent un rôle important sur les effets macroéconomiques à long terme. À cet horizon, le Grenelle de l’environnement pourrait enclencher des effets positifs durables s’il induit une accélération et un surcroît d’innovation par rapport à nos partenaires commerciaux, de telle sorte que la compétitivité de la France en soit sensiblement améliorée".

Mais, en tant que lecteurs réguliers de ce blog, vous savez déjà que du côté des capacités d'innovation en France, notamment de la part des entreprises, il y a du souci à se faire...

 

Aymeric PONTIER 

Source :

http://aymericpontier.blogspot.com/2011/02/douche-froide-pour-le-grenelle-de.html

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