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Samuel Rondot : La dette des États n’est pas un problème ! Ah bon ?

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(article du 16 septembre 2011)

La dette des États n’est pas un problème !

 

Suite à mon précédent article sur le surendettement de la France, j’ai reçu pas mal de réactions.

Quelques-unes publiques sous l’article lui-même, mais le plus grand nombre directement dans ma boîte e-mails.

Bizarrement, celles qui m’ont été adressées directement comportent deux traits : à peu près toutes défendent l’idée que la dette des États n’est pas un problème et, plus anecdotique, elles ont presque toutes été écrites depuis des e-mails temporaires (c’est la première fois que j’observe autant ce phénomène).

 

Bref, si je voulais uniquement polémiquer, je dirais que ces gens-là ne sont pas très sûrs de ce qu’ils racontent. Le plus grave est ailleurs, ils ne font que répéter sans bien comprendre ce que beaucoup d’élites pensent tout haut.

 

Je ne m’attarderai pas sur les discours totalement idiots de tribun surdoué comme Mélenchon qui explique que comparer la dette par rapport au PIB n’a aucun sens puisque ça serait la même chose que comparer les dettes d’un ménage à ceux de leurs revenus annuels alors qu’on sait tous qu’on emprunte pour un grand nombre d’années.

 

La dette n’est pas un problème :

 

De grands économistes comme Fitoussi et une majorité du pouvoir (ou aspirant au pouvoir) de droite autant que de gauche sont partisans de cette théorie : la dette des États riches n’est pas un problème.

 

Leur discours est le suivant : toute entreprise, tout ménage a besoin pour financer à long terme d’emprunter. C’est ce que font les pays riches.

Nous avons des actifs pour garantir ces dettes, pourquoi y aurait-il donc un problème de surendettement sur les niveaux actuels ?

Pourquoi ne peut-on pas avoir une dette de 100, 200 voire même 300 % du PIB ?

 

Si c’était le cas, il suffirait de continuer à emprunter pour financer le train de vie de l’État, le rachat des banques, la dette de la sécu, les futures retraites et celles des autres pays.

 

Mais au fait, si la dette n’est pas un problème, pourquoi devrait-on racheter celles d’autres pays ? Si ce n’est pas un problème pour nous, ça ne devrait pas être un problème pour eux ?

 

Revenons aux bases quelques instants. Les États ont emprunté et surtout continuent d’emprunter. Ils en ont besoin pour financer de nouveaux projets, pour financer leur budget actuel qu’ils ne parviennent pas à boucler et pour renouveler des dettes passées qui arrivent à échéance.

Ils émettent donc de nouvelles dettes qui s’ajoutent ou se substituent à celles existantes.

Il faut donc trouver des acheteurs de notre dette. Pour cela, on les incite à partir d’un taux d’intérêt.

 

Celui qui va nous prêter considère deux choses : est-ce que le taux d’intérêt est intéressant ? est-ce que celui à qui je prête me remboursera mon argent ?

 

Pour ne pas alourdir ce papier, je ne rentre pas dans le détail de qui nous prête, faisons un raccourci pour dire qu’il peut s’agir des pays avec des excédents et surtout de toute l’épargne du reste du monde (plan retraite, aussi bien que particuliers et entreprises).

 

Pour les teneurs de cette posture, la dette n’est pas un problème, car on prêtera toujours à la France qui est un pays riche. Il est beaucoup plus rare qu’on s’attarde sur l’histoire des taux d’intérêt, on y reviendra.

 

Effectivement, certains parlent de 12 000 milliards d’euros pour la richesse estimée de la France, pourquoi ne pourrions-nous pas avoir une dette de 1 600 milliards comme maintenant voire même beaucoup plus ?

Après tout, cela fait 13 % alors que par exemple on sait qu’on prête jusqu’à 33 % aux ménages.

 

Sauf que :

 

 

Le premier véritable problème avec ce raisonnement c’est que l’on compare des choux et des carottes.

On compare la dette de l’État avec les actifs de toute la France. Certes, la dette de l’État c’est un peu la dette de chacun d’entre nous, mais on oublie que nous sommes tous individuellement endettés et surtout que l’avenir est déjà plein de trous. Si je vous dis, départ en retraire des baby-boomers, prise en charge des personnes âgées, financement de la sécu.

Là, on commence à avoir un petit problème du niveau de la dette par rapport à notre richesse.

 

Sans rentrer dans le détail, je rappellerai aussi que depuis trente ans, les richesses de la France sont en chute libre. Qu’une part de plus en plus importante de notre richesse est détenue par des étrangers, etc., etc.

 

Admettons que les prêteurs restent convaincus que prêter à la France ne pose pas de risque de remboursement du capital à terme malgré ce qu’on vient de voir, il y a quand même un deuxième tout petit problème que l’on semble occulter, c’est celui des taux d’intérêt.

 

Pour les moins matheux, prenons l’exemple de la Grèce. On croit savoir que sa dette serait de l’ordre de 160 % du PIB (est-ce que le PIB est fiable, est-ce que la dette est fiable) bref, 160 %.

Or les Grecs ne veulent plus, ou ne peuvent plus, emprunter sur le marché, car les taux d’intérêt qu’on leur demande sont trop importants. Or ils sont d’un peu plus de 7 %.

Ça ne vous met pas la puce à l’oreille ça ?

Pourquoi les Grecs ne veulent-ils pas emprunter à 7 % ?

Ce n’est pas beaucoup 7 % dans la tête de beaucoup. Dans les années quatre-vingt, bien des ménages français vivaient avec des crédits sur dix ans pour leur maison à 14 voire même 17 %.

 

 

Le véritable problème des taux d’intérêt c’est que passé un certain seuil, la machine s’emballe.

Vous allez très vite comprendre.

 

Si j’emprunte 100 000 euros à taux fixe de 3 % sur vingt-cinq ans, je vais rembourser 475 euros par mois, soit un coût total du crédit à terme de 42 000 euros.

Si j’emprunte toujours la même somme sur la même durée mais cette fois-ci à 7 %, je vais rembourser mensuellement 700 euros avec un coût total de 112 000 euros.

Si j’emprunte à 10 %, je rembourserais 900 euros pour un coût total de 173 000 euros.

 

À cause du principe d’amortissement d’un emprunt, l’augmentation des taux d’intérêt provoque une explosion des sommes à rembourser.

 

Imaginez qu’avec le niveau de dette qui est le nôtre, nous sommes déjà obligés d’emprunter chaque année pour rembourser les intérêts de la dette passée...

Que se passera-t-il le jour où les taux d’intérêt vont monter et où nous aurons encore plus de dettes…

 

Alors problème ou pas ?

 

 

Pourquoi ne continue-t-on pas à prêter à un ménage surendetté au-delà d’un certain seuil à votre avis ?

 

Bien sûr que pour un État, ce seuil peut être plus important. Mais avec les factures de l’avenir, avec un risque de taux d’intérêt, avec notre richesse qui diminue, avec notre budget chaque année qui ne s’améliore pas, vous êtes toujours convaincu que la dette des États n’est pas un problème ?

À bientôt 85 % de dette par rapport au PIB, la situation est grave mais pas désespérée. Surtout dans un environnement de taux bas. Mais quand on va passer les 100, 120 % et que les taux vont grimper (ah bon, les taux ne monteront plus jamais ?), là, ça sera une autre histoire.

 

Certes, on peut toujours arguer que tous les pays riches sont dans le même bateau. Tant que nous avons autant de dettes que les autres, les prêteurs vont continuer de nous financer pour répartir leur risque.

C’est en partie vrai, mais pour que ça le reste, on a plus qu’intérêt à tout faire pour conserver cette position par rapport aux autres.

Sauf que lorsque je regarde en parallèle, les problèmes d’avenir non financés, les promesses diverses et variées, la richesse qui s’étiole (pour ne pas dire plus), les vrais risques sur les taux d’intérêt existent (il ne peut en être autrement pour les prêteurs de demander plus d’intérêt lorsque leur risque augmente).

Je peux vous assurer qu’il faut vraiment être très, très nul en maths, n’avoir aucun sens des responsabilités et se foutre du lendemain pour ne pas reconnaître que la dette des États est déjà un problème et en sera un bien plus important dans les années à venir.

 

Dernier point et pas des moindres. Fitoussi et consorts ajoutent souvent : la dette n’est pas un problème, car le jour venu, il suffira de la monétiser.

Mais de qui se moque-t-on. Madoff est en taule et pas lui ?

Monétiser la dette c’est faire tourner la planche à billets, c’est dévaluer la monnaie. C’est instantanément déposséder ceux qui ont de l’argent et des actifs des biens qu’ils ont accumulé et pour lesquels ils se sont battus.

Certes, ceux qui n’ont rien dans un premier temps seront les premiers à dire, allons-y !!!

Ils oublient un peu vite que l’inflation qui en résulte avec la hausse de tous les produits consommés qui sont fabriqués ailleurs et importés les touchera le plus durement.

Le résultat de la monétisation est toujours le même, plus de chômage et plus de pauvres, demandez aux Argentins.

Et on laisse ces soi-disant experts marcher libre et pire encore, conseiller ceux qui nous gouvernent et bourrer la tête des nuls en maths, nul en éco qui votent pour eux.

 

Samuel Rondot, directeur de www.bestcfd.com



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Commentaires

Le 16 septembre 2011 par : london511

Ne peut on pas mettre en place le financement de notre dette à un taux de 0.5% sur 10 ans par exemple, par la BCE pour les nouvelles émissions obligataires . Et en parallèle réduire nos dépenses pour arriver progressivement à l’équilibre budgétaire et même peu à peu réduire notre dette. Car avec les intérêts que nous payons actuellement ( même bas) nous ne pourrons sortir de cette situation .


Le 16 septembre 2011 par : Samuel RONDOT

@london511 : déjà que sur les niveaux de taux actuels on pourrait commencer à avoir du mal a distribuer notre dette, qui va nous la prendre si on offre que 0.5% de taux d’intérêt ? D’autres pays offrent mieux pour des risques similaires et quand bien même ça ne serait pas le cas avec un tel taux, trouverait t’on assez de préteur ?

C’est tout l’enjeu d’une prise de conscience la plus tôt possible pour ne pas se retrouver un jour dans une situation vraiment impossible (elle l’est peut être déjà actuellement mais c’est pas du tout certain).

Le véritable problème c’est que pour commencer à résoudre le soucis, il va falloir faire des GROS sacrifices et changement mais comme la masse ne le voudra pas, on ira quand même dans le mur.

Sans me faire d’illusion si je peux amener un tout petit peu de compréhension de l’enjeu, peut être que il nous reste une infime chance de réveiller les consciences.


Le 16 septembre 2011 par : LETOXIS

Bonjour,

je suis globalement en accord avec votre exposé. Quelques remarques cependant :
- la dette du Japon est plus importante par rapport au PIB que la France. Si l’état voulait continuer dans le même sens (je ne dis pas que c’est la solution) ne pourrait il pas obliger les résidents francais à acheter davantage de dette comme au japon ?
- l’état emprunte à des créanciers qui connaissent les risques et qui devraient assumer une partie de ceux-ci. vous connaissez le proverbe :"si je dois 1 million à ma banque, j’ai un problème - si je lui dois 1 milliard, c’est elle qui a un problème !"
- Enfin une remarque plus générale. Cela fait depuis environ 1974 que le pays emprunte.Cela a permis de compenser (artificiellement) les délocalisations, les pertes d’emplois liées à l’amélioration de la productivité. La "classe moyenne" s’est développée dans ce contexte. Quelque part, sans l’emprunt, la situation aurait peut être été sombre en 1970-80 et la dette nous a peut être permis d’ échapper à un système soviétique....

L


Le 16 septembre 2011 par : london511

Pour le taux à 0.5% je pensai que la BCE pourrait le faire , ceci consisterait à monétiser notre dette mais temporaire juste pour diminuer notre charge d’intérêts mais une politique de rigueur devrait être mis en place en parallèle.


Le 16 septembre 2011 par : Samuel RONDOT

@LETOXIS : bien sur que depuis 74 on a compensé beaucoup de chose, mais surtout la mégalo irresponsabilité de tous les politiques. Si la réglé d’or avait existé des lors et qu’elle n’avait permis d’emprunter que pour créer ou construire, on ne serait pas dans le pays avec le plus de fonctionnaire par habitant. Ne perdons pas notre temps à refaire l’histoire, notre énergie est bien plus utile ailleurs.

Les créanciers assument déjà le risque ou plutôt il demande moins d’intérêt car il y a moins de risque. Les taux des triples AAA sont toujours plus faibles que ceux des sociétés par exemple. Quant à se retourner vers les préteurs actuels en changeant la règle et les mettre devant le fait accomplis ... après les banquiers on va engraisser les avocats ?

Effectivement le Japon est une exception. Pour qui connait de prêt ou de loin ces gens la, on va dire qu’ils sont ... différents. Demandez à des Européens de se mettre au service de leur pays comme eux, je pense qu’il vaut mieux commencer par les réformes on aura plus de chance...

@london511 : Par la BCE ça serait effectivement une monétisation. Elle ne pourrait pas être temporaire. Techniquement il n’y a aucun moyen dans ce sens.


L'auteur
Samuel RONDOT

Directeur de BestCFD.com, auteur de livres et stratégies de trading, trader systématique dans un hedge fund, je cumule les casquettes depuis 15 ans sur les marchés financiers. Site commercial : www.samuelrondot.com

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