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Loïc Abadie : Fukushima, un cas d’école de psychologie des foules.

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(article du 19 mars 2011)

Nous avons pu voir ces derniers jours la puissance que peut avoir une dynamique de foule, capable de faire perdre à des personnes à priori intelligentes toute mesure et toute capacité de réflexion indépendante.

Les faits d'abord, qui étaient connus dès le début de l'accident de Fukushima, dans les rapports publiés par le JAIF, et confirmés par d'autres mesures indépendantes à distance du site :

La gravité d'un accident nucléaire se mesure principalement par la quantité de radioactivité rejetée et mesurable à l'extérieur, à différentes distances du site de l'accident.

- Il y a danger potentiel pour la santé humaine à long terme à partir de doses reçues de l'ordre de 70 à 100 milli-sieverts,

- Il y a risque d'irradiation aigue à partir de dose de 1000 à 2000 milli-sieverts (soit 1 à 2 sieverts).

- Au delà de 5 à 10 sieverts, la mort devient presque certaine.

Pour Tchernobyl, nous avions les niveaux suivants :

  • Sur le site : 1200 à 2000 roentgens / h, soit environ 130 à 220 sieverts / h.

  • Dans la ville de Tchernobyl, à 15 kms de la station : 15 milliroentgens/h, soit 1,7 milli-sieverts / h ou 1700 micro-sieverts / h (sol jusqu'à 2 sieverts /h).

Pour Fukushima :

  • Sur le site : le plus gros pic de radiation, à coté du réacteur n°3 au plus fort de la catastrophe a été mesuré à 400 milli-siverts /h, soit 0,4 sieverts /h (donc 300 à 500 fois moins que pour Tchernobyl).

  • A 10 kms de distance (Fukushima Daini), 38 micro-sieverts / h, soit 45 fois moins que dans la ville de Tchernobyl, malgré une distance inférieure. En mettant les deux distances au même niveau (la radioactivité variant globalement avec le carré de la distance, même si cela dépend beaucoup des vents dominants), on arrive à une différence d'un facteur 100 environ.

  • A Tokyo (250 kms de Fukushima), un pic de 0,809 micro-sievert /h a été enregistré, ce qui représente en une journée 8 micro-sieverts, ou encore 1/1500ème de la dose délivrée lors d'un scanner médical de 12 milli-sieverts.

    Ces niveaux ont diminué sensiblement depuis.

La conclusion était simple : on avait affaire à un accident tout à fait sérieux, ayant des conséquences dangereuses sur le site (pour les employés y travaillent), pouvant présenter un risque régional d'ampleur modérée et nécessitant des mesures spécifiques (dans un rayon de 20 à 30 kms autour du site), mais dont la gravité n'avait pas le moindre rapport avec Tchernobyl (différence d'un facteur 100 à 500).

Que s'est-il passé en France et en Europe ?

La panique a rapidement gagné l'ensemble des décideurs et a été abondamment relayée par la presse. Le commissaire européen à l'énergie a parlé « d'apocalypse », des ministres ont évoqué un scénario « pire que Tchernobyl  », Angela Merkel a décidé de fermer 7 centrales nucléaires (les échéances électorales aidant), et des pastilles d'iode ont même été envoyées à St-Pierre et Miquelon, à 10 000 kms du Japon (l'engouement pour les pastilles d'iode se développerait même en France) !

Ces réactions émotives et irrationnelles sont caractéristiques d'un sentiment de peur qui se développe au sein d'une foule : la peur de chaque individu se communique aux voisins, en s'amplifiant et au final, le sentiment grossit et enlève à presque tous les indidivus qui composent la foule la capacité de réfléchir calmement et de façon autonome.

Ce type de mouvements a aussi une importance essentielle en bourse, d'où l'utilité des approches basées sur la mesure du sentiment de marché !

Loic Abadie

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Commentaires

Le 19 mars 2011 par : chti

celà dit personne n’ a reconstruit à 10 kms de tchernobyl et je pense qu’ il en sera de même au Japon , et je me mets à la place des parents qui ont des enfants et qui habitent à coté d’ autres centrales dans un pays qui tremble 1500 fois par an ..


Le 19 mars 2011 par : jean-luc

C’est une vision optimiste et un peu courte vue, ce qui semble assez étonnant de la part de l’auteur. Sans sombrer dans l’apocalypse, il s’avère qu’a ce stade, la centrale de Fukushima est loin d’être sous contrôle. L’image de Tchernobyl était certes prématurée la semaine dernière mais elle ne peut être ignorée. Il ne s’agit pas d’avoir peur mais de prendre conscience de l’étendue de la situation. D’un point de vue économique, et quelque soit l’épilogue, la situation sera complexe, d’un point de vue humain elle restera dramatique. Enfin, je reste choqué par l’optimisme boursier des deux derniers jours, a croire qu’un Tsunami a moins d’importance que les subprimes. C’est affligeant.


Le 20 mars 2011 par : pariste

« Dans le pire des scénarios, l’impact sera supérieur à Tchernobyl », a affirmé le porte-parole du gouvernement mercredi.

Cette affirmation était sans doute vraie. Que le scénario ait (eu) des chances sérieuses de se produire ou non, bien malin qui peut le dire. Par contre le peuple (qui a très peur des doses 10000 fois supérieures à la normale mais n’ont aucune idée de ce que ça veut dire), donc les médias (qui vendent du papier), donc les politiques (qui se vendent), donc les marchés (qui subissent les décisions politiques et n’aiment pas les incertitudes) ont sur-réagi. Une catastrophe comme Tchernobyl n’aurait pas un impact direct très important sur l’économie, mais ça restait difficile d’évaluer sereinement la situation. Et l’impact indirect est également difficile à mesurer.


Le 20 mars 2011 par : pariste

erratum : ... mais n’a aucune idée...

Drôle d’éditeur : on peut visualiser son message mais si on le corrige dans le texte initial ça n’a aucun effet...


Le 20 mars 2011 par : sophocle

Je pense que la catastrophe a déjà eu lieu, puisque le site émettra de la radio activité, tant qu’un sarcophage n’aura pas été construit. Ce n’est pas le pire, mais c’est déjà très très grave. Comme si, échapper au pire pouvait faire oublier la gravité de l’accident ?

Le réveil risque d’être difficile, quand le soulagement du pire passé, on se rendra compte que des produits fabriqués au Japon, et pourquoi pas en chine , peuvent être radio actif !


Le 21 mars 2011 par : flepp

Un complément personnel. Ma femme est russe, j’ai vécu 7 ans la bas. Elle fut irradiée a cette époque, elle était enfant (4 ans ) et habitait a 175 kms de Tchernopol (tchernobyl comme la France le prononce si mal) du coté russe de l’autre coté de la frontière ukrainienne donc.

une heure d’exposition lui a causé une leucémie dont un absolu miracle l’a tiré (longue histoire)...au bout de 7 ans.

Il faut rester très mesuré avec ce genre d’information, nous ne sommes pas encore certains de la dose de radioactivité emise et qui change tous les jours, et la situation est loin d’étre réglée a Fukushima. Ce n’est que dans plusieurs mois que nous commencerons a tirer un bilan. A l’epoque les autorités sovietiques avait annoncé des chiffres ridicules de roentgens et il y a toujours que 56 victimes officiellement alors que je suis bien placé pour vous dire moi qui connait cette zone que ce fut un total chaos la-bas.

Penchez vous aussi sur le même sujet sur la catastrophe soviétique de Mayak (sud-russie centrale) cata cachée 35 ans et meme encore actuellement pour une zone grillée de A a Z 54 ans plus tard. Arte vient de deterrer le cadacre recemment. Il y a bcp de cadavres dans les placards a ce sujet alors certes sans tomber dans le catastrophisme franchouillard 100% lamentable ( un pays courageux qui panique pour 5 cms de neige) il faut aussi rester ``awarare` car ni vous ni moi ne savons actuellement grand chose de la réalité scientifique effective.

Bref restons prudents, bcp d’intérêts politiques et surtout financiers sont en jeu.

Ps : coup de chapeau au peuple japonais pour la dignité et le courage démontrés


Le 21 mars 2011 par : vuesurlongterme

c’est pour canaliser les peurs irrationnelles qu’on ne trouve sur aucun média économique national la baisse du nikkei ce lundi 21/03/2011 (-6%) ????


Le 21 mars 2011 par : Loic Abadie

Bonjour vuesurlongterme, le nikkei étant fermé aujourd’hui, il n’a pas pu baisser (ni monter). Les places asiatiques étaient globalement en hausse ce matin.


L'auteur
Loic Abadie

Ingénieur de formation. Habite la Réunion. Travaille pour l’éducation. Je gère un PEA que j’ai fait passer de 35.000 à 400.000 euros entre 2004 et 2010. J’ai écrit le livre "La crise financière en 2008-2010 : mode d’emploi pour la décrypter et l’exploiter" disponible sur www.edouardvalys.com. Celui ci s’est vendu à 5000 exemplaires.

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