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Vincent Baron : Mon style de trading

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(article du 17 mars 2011)

Trader intraday

Il me semble que je suis devenu trader intraday assez naturellement, sans me poser de question ; à la suite d’un championnat de day trading étalé sur une semaine, organisé par Dubus à la Mutualité à Paris, j’ai trouvé plus confortable, psychologiquement, de solder mes positions le soir ; j’ai gagné ce championnat de France de day trading l’année suivante, en 2001 ; je crois bien que c’est à ce moment-là que j’ai abandonné les positions overnight avec le risque de me prendre des gaps à l’ouverture et dans le mauvais sens pour moi, en raison des risques géopolitiques, d’annonces non prévues au calendrier, d’inversion de tendance en séance à New York après clôture à Paris (entre 17h30 et 22h00 heure française), etc.

On money manage plus facilement son capital et ses plus ou moins-values en intraday, alors qu’en overnight on subit plus gravement les variations et les aléas du marché ; quand on sait que la protection du capital est une obsession pour moi, il est sûr que j’ai bien du mal à revenir en overnight, au moins pour le moment.

Aujourd’hui, compte tenu des performances exceptionnelles de Sylvain Duport et de la baisse relative d’efficacité de mon trading en période de volatilité pus faible, je me demande parfois si je ne vais pas évoluer vers un trading plus swing, en overnight, sur le modèle de dioup ? Cela fait déjà plusieurs années que je le dis et mes amis, comme Hervé ou Sylvain, qui me connaissent bien, ne me croient pas vraiment car ils connaissent ma prudence naturelle.

La sécurité et le confort psychologique de l’intraday sont tout de même appréciables : en effet, j’arrive à un âge où je ne suis pas sûr de pouvoir encaisser l’incertitude des marchés et la pression psychologique de positions non sécurisées après clôture du marché ; quand je vois le montant des positions en portefeuille conservées par Sylvain le week-end, je me demande si je serais capable de rester serein dans une telle situation ? Mon trading est moins spectaculaire et performant que celui de Sylvain, mais il est plus tranquille et me permet de passer des soirées et des week-ends normaux, en famille ou avec mes amis, sans me préoccuper de la clôture des marchés US ou des attentats et autres évènements possibles de la nuit.

Tape reader/tape watcher ou trader au carnet d’ordres (level II)

Je suis un tape reader ou tape watcher, c’est à dire littéralement un « lecteur de bande passante » (le flux continu des échanges au carnet) ; je concentre mon attention sur le décryptage en temps réel des échanges de titres au carnet ; je tente de donner un sens aux dernières transactions en termes d’intentionnalité des intervenants au carnet sur le marché, à un instant T, en faisant une lecture dynamique des rapports de force entre acheteurs et vendeurs ; si je trouve que le carnet a une bonne lisibilité au niveau des intentions des opérateurs et que les volumes sont suffisants pour que je sois exécuté à mon prix et pour la quantité désirée, je peux décider d’entrer long ou short sur le titre.

Si je devais définir par la négative cette approche, je dirais qu’elle n’utilise pas beaucoup - voire pas du tout - l’analyse fondamentale/microéconomique des sociétés ; de plus, je n’ai pas de formation particulière en éco ni en compta me permettant d’interpréter le flux de news micro et macroéconomiques ; de même, concernant l’analyse graphique (chartiste et technique), on peut dire qu’en dehors des supports et résistances que je retrouve d’ailleurs parfois au carnet (blocages, zones de congestion, stops loss/gain/suiveur), je l’utilise très peu, car, là aussi, je ne maîtrise pas vraiment ; je comprends intuitivement le fonctionnement des chandeliers japonais, l’approche bougiste comme dit Hervé Asparre, mais là non plus, je ne suis pas un spécialiste de la reconnaissance graphique des figures pertinentes et prédictives !

Etre tape reader, c’est analyser les mouvements au carnet grâce à l’apprentissage de l’expérience liée à l’observation ; c’est comme jouer au flipper, il faut connaître la machine, et à force de pratique on devient bon sur ce type particulier d’engin ; être tape watcher c’est ne croire que ce que l’on voit spontanément, ne pas se faire des films et ne pas trop anticiper ni se projeter dans l’avenir, mais attendre le bon signal pour entrer ; il faut une bonne maîtrise des émotions, du bon sens et beaucoup d’opportunisme pour ne pas se faire embarquer au premier faux signal ou signal faible au carnet. 

Long/short equities, avec une préférence pour la vade

Je ne trade pratiquement que les actions et exceptionnellement, des BS ou des DS avec lesquels j’ai plus souvent perdu que gagné d’ailleurs, car il s’agit de produits trop volatils à effet de levier trop important ; les warrants et les produits dérivés sont trop risqués pour moi et leur variation est trop explosive, donc hyper dangereuse ; je n’y touche donc pas a priori !

L’avantage des actions, c’est que c’est un produit simple avec un bon niveau de liquidité sur le SRD ; c’est binaire ou ternaire (ça monte ou ça baisse, éventuellement ça stagne) et il n’y a pas forcément de teneur pour plomber le marché : des market makers, maîtres du jeu qui imposent leur loi aux autres par les quantités tradées et se rattrapent sur le spread ; par contre, les actions ont un coût de courtage beaucoup plus élevé que les produits dérivés, même si la concurrence entre brokers pour attirer les traders en ligne a été forte ces dernières années, provoquant des baisses spectaculaires des frais ; d’ailleurs, mon courtier est certainement l’un des plus compétitifs à ce niveau-là ?

Longtemps, en particulier pendant le krach de 2000/2003, je préférais le shorting (vente à découvert) car les stops cassaient et le marché dégueulait gravement : les baisses plus rapides que les hausses me permettaient de gagner plus ; depuis 2003, le marché étant redevenu haussier, le short marche moins bien car les baisses sont moins fortes globalement, sauf exceptions.

Je pense que je suis un shorter/vadeur (vendeur à découvert) typique, et c’est souvent sur ce type de trade que je réalise mes meilleurs coups car je sens bien mieux les baisses et la pression vendeuse au carnet quand un titre dégueule grave ; je sais d’expérience que les valeurs affectées d’une annonce négative vont baisser plus rapidement, rien ne vaut une belle panique baissière pour accroître la volatilité dont j’ai besoin ; la panique vendeuse en ATP est toujours spectaculaire et violente, c’est dans ces moments-là que l’on prend le plus de volat’ !

Stock picking sur actions françaises du SRD

Je trade principalement sur le SRD, hors CAC (mid et smallcaps), et un peu sur le comptant ; il y a souvent plus de volatilité sur le comptant, par contre, pour couper la position c’est plus difficile : il y manque du volume et les sorties/débouclages de pose (la vente des titres après un achat, car il n’y a pas de short possible donc pas de rachat non plus) sont souvent délicates à négocier et on peut perdre beaucoup ; le comptant ne peut se jouer pour moi que sur des volumes anormaux, mais une fois en position, il faut être dans les premiers à couper (vendre ses titres) sinon on a du mal à trouver des acheteurs en face à taper et le jeu devient très stressant ; c’est un peu le jeu de « à qui lâchera les titres le premier et prendra sa PV le plus tôt », alors que les derniers à sortir se prendront une lourde perte par défaut de liquidité ; au pire, ils risquent même de rester scotchés avec leurs titres sur une série de cotations réservées à la baisse avec suspension de cours, etc.

Le SRD est plus facile et tranquille, car la liquidité est là en général, aussi on risque moins de rester avec ses titres à l’intérieur de gros spreads comme au comptant ; au SRD la fourchette aux meilleures limites est plus petite et en général les carnets sont bien mieux garnis que sur le marché étroit du comptant ; le SRD offre plus de sécurité, mais il faut que les valeurs ne soient pas trop grosses (comme les valeurs CAC), afin d’être assez liquides mais pas trop tout de même, afin de pouvoir bien les analyser ; lorsque les carnets sont trop pleins, comme sur les blue chips du CAC, ils deviennent rapidement illisibles et alors mon approche est inopérante.

Que dire des marchés étrangers ? Pourquoi ne pas trader un jour sur le Nasdaq ? C’est possible, mais déjà les horaires de travail (fermeture à 22h00) ne conviennent pas à une vie de famille régulière ; je me sens plus comme un fonctionnaire avec des horaires réguliers et légers et je tiens à ne pas trop élargir mon amplitude horaire de travail ; souvent, dans les marchés flat actuels, ma journée est finie à 9h30 et j’ai donc pris de mauvaises habitudes de temps libre en matinée et pour le reste de la journée ; je pense que le trading est une activité un peu oisive, faite pour des individus qui veulent rester chez eux et ne pas trop travailler.

Trend following et breaking intraday

N’étant pas assez gros pour être market maker, je ne cherche pas à peser sur le carnet, ce qui, de plus, est interdit ; l’AMF surveille le fonctionnement régulier et normal du marché et sanctionne ceux qui, par des procédés de trading illégaux ou limites, chercheraient à profiter des dysfonctionnements ou des failles du marché ; je me contente de suivre les gros ou tout simplement la tendance générale sur le titre ; je m’agrège aux plus nombreux dans le sens du flux acheteur ou vendeur, en espérant que le mouvement sera puissant et bref mais qu’il se prolongera un peu en intraday ; je ne suis qu’un prolongateur/surfeur de tendance au carnet, sans plus !

Comme Sylvain Duport, mais sur une période plus courte, j’ai une nette préférence pour les breaks : explosion du cours d’un titre sur gros volumes, rupture d’une résistance de court terme pour jouer la hausse ou d’un support pour jouer la baisse (niveau de clôture de la veille ou d’ouverture de la séance du jour).

Trading discrétionnaire

Je reste fondamentalement, et peut être définitivement [ ?] un trader discrétionnaire : cela signifie que je me décide personnellement par l’observation et que je ne me fie pas à des conseils extérieurs payants ou gratuits, de type lettre boursière ou site de conseils en ligne ; je lis, le week-end, l’hebdo Investir pour lequel j’ai également une connexion en ligne www.investir.fr, car j’apprécie la qualité de son contenu ; je ne prends jamais de position en fonction des avis des journalistes ou des analystes qui y donnent des conseils d’achat ; de toute façon, dans ces revues, on ne peut être que long, on ne joue pas la baisse au sens de shorter ou vader un titre à court terme ; cette limitation ne me convient pas car je veux pouvoir jouer dans les deux sens ; c’est sûr, je n’ai vraiment pas le profil d’un investisseur de portefeuille long sur le long terme ; j’ai trop vu des amis se faire rincer pour laisser dériver des valeurs au hasard des évolutions du marché !

Vincent Baron

Extrait de l'ouvrage :

http://www.edouardvalys.com/livre-vincentbaron.jsp



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Commentaires

Le 17 mars 2011 par : hendoven

C’est bizarre de toujours parler du passé (2000-2003) ou encore de Sylvain Duport (2003 ?). Est-ce que tu daytrade toujours en 2011 ?


Le 17 mars 2011 par : london511

Bonjour, vous dites que vous passiez plusieurs ordres par jours sur les actions. cependant quels étaient vos frais de transactions , 0.1% par transaction ? Merci


L'auteur
Vincent Baron

Day trader indépendant sur les actions françaises. Je me suis fait connaître en participant en 2003 au concours Capital.

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