Samuel Rondot : Les véritables escrocs de la finance mondiale
Je suis le premier à dénoncer les abus de langage à l’encontre de la finance en général et des traders en particulier.
Mais quand on peut prendre certains la main dans le sac, il m’apparaît très important de le dire haut et fort.
Comme dans toutes les professions il y a les gens normaux et les canards boiteux.
Là où ça devient dangereux, c’est lorsque ces fameux canards sont élevés au rang de TBTF, c’est-à-dire TOO BIG TOO FAIL, autrement dit, trop gros pour laisser tomber.
J’imagine que lorsque les médias visent la finance, ils pensent à ceux-là, mais alors pourquoi ne le disent-ils pas ?
Peur du procès en diffamation, peur d’assumer leurs opinions, peur de soulever un coin du voile d’un dossier qu’ils ne comprennent pas, ou tout ça à la fois ?
La saison de publication des résultats bat son plein.
Jeudi, c’est Bank of America qui a publié. Pour mémoire, je vous rappelle qu’ils ne se sont pas vraiment illustrés par leur génie de la gestion depuis plusieurs années.
Vendredi, c’est JP Morgan qui a publié.
Et c’est maintenant le tour de Goldman Sachs, les rois de la finance.
L’un des chiffres qu’ils proposent dans leur rapport retient forcément l’attention : c’est les gains ou pertes en trading classés par nombre de jours.
Voici les graphiques pour chacun d’entre eux :
Bank of America

Au dernier trimestre 2010, 12 jours en perte.
Au premier trimestre 2011, ZÉRO jour en perte. Avec en plus 8 jours à plus de 100 millions de dollars de profit.
JP Morgan

1er trimestre 2011, ZÉRO jour en perte, des revenus moyens JOURNALIERS de 112 millions de dollars.
Goldman Sachs

HONTE sur Goldman : une journée de perte !!!
Mais une seulement…
Avant de crier, de hurler au scandale absolu, rappelons quand même un petit détail qui a échappé aux nombreux blogs qui commentent cette honte en long et en large : depuis plus d’un an les autorités de tutelle américaines recommandent aux grandes banques et institutions financières de séparer leurs activités de trading pour compte propre (celles les plus risquées) de leurs autres activités. Je n’ai pas suivi le dossier d’assez près pour dire si la loi est entrée en application, mais il est certain qu’ils ont tous précédé l’obligation qui ne manquera pas de leur être faite.
Donc ces chiffres de résultats ne concernent que la partie la moins risquée de leurs activités, avec notamment un grand nombre d’activités sans risque aucun.
Rappelons notamment que sous l’intitulé trading, on met tout et n’importe quoi du moment que la banque a une action vis-à-vis d’un client.
S’ils introduisent une société en bourse, s’ils vendent un produit, tout ce qui donne lieu à des commissions, c’est du trading et ce n’est pas forcément risqué.
Pour autant, il leur reste forcément des activités risquées.
Alors, maintenant que ceci est précisé, on peut tous se réunir en cercle et on peut tous crier AU SCANDALE.
OUI, je suis le premier à dire qu’il faut arrêter de tirer à boulets rouges sur la finance en général.
Pour autant, je suis aussi le premier à reconnaître que comme dans chaque corps de métier il y en a qui exagère franchement.
Et aujourd’hui, avec la publication de leurs résultats, il n’est pas difficile de voir à quel point !!!!
Aveuglé par les chiffres et la taille du scandale, on en oublie souvent comment on en est arrivé là.
Il n’y a pas si longtemps, peut-être à peine dix ans, la rémunération dans la finance était liée au génie technique : les meilleurs traders touchaient le plus.
Puis leurs responsables ont commencé à en avoir marre de voir un tiers de leur clientèle changer de banque lorsque leur vedette de gestionnaire se trompait.
On a donc standardisé les produits pour qu’ils ne soient pas différents de ceux de la concurrence (ça évite la contre-performance qui va faire fuir le client) et on a mis l’accent sur la collecte. Le gérant star de la finance est devenu le gérant star des présentations et de la relation client. La rémunération fut liée à la taille des fonds gérés. Vous avez un bon réseau, un beau marketing, un gérant pas forcément compètent mais emblématique, à vous les millions. Sauf que cette équipe, il faut la retenir avec son paquet de clients et on a commencé à aligner de gros chèques, de très gros chèques.
Encore plus récemment, on a commencé à tout mélanger, fort de la puissance des réseaux commerciaux qui ont étouffé toutes les autres solutions à taille humaine, on a été enfin en mesure de proposer des produits à dormir debout à des clients qui pesaient des milliards.
Vous allez me dire mais pourquoi donc ? Eh bien, plus un produit est compliqué, plus on vous le vend cher, c’est aussi simple que ça.
La suite de l’histoire on la connaît tous. Pour faire court, les produits étaient non seulement compliqués, mais parfois mal fagotés et parfois pire encore, pas vraiment honnêtes.
Donc le château de sable s’est écroulé et la finance au bord du gouffre a dû se faire secourir par vos impôts grâce à l’aide généreuse des politiques qui sont censés vous représenter.
Je dois vous avouer que, partout dans le monde, nous petites gens de la finance qui ne travaillons pas pour les TBTF, nous n’avons pas compris comment aucun politique dans aucun pays n’est parvenu à mieux s’en sortir lors de cette négociation pour les sauver.
Ce n’était pas compliqué quand même : « Vous voulez de l’aide, pas de problème, mais si je vous prête des sous, je veux être associé au contrôle de votre entreprise ». Ça s’écrit en deux lignes et se dit en moins.
À ce moment-là, on nous a tous expliqué que ce n’était pas le moment, qu’il fallait aller vite, que la priorité s’était de sauver le système, qu’on aurait tout le temps d’aborder cet aspect quand celui-ci serait sauvé, la finance saura s’en souvenir.
Mais bien sûr, elle saura s’en souvenir...
C’est un peu comme si à une table de finale de poker je disais à mon adversaire, montre-moi tes cartes pour voir lequel de nous va gagner et ensuite je te dis si je fais tapis ou pas.
Alors aujourd’hui ça nous donne quoi ?
Eh bien, non seulement les TBTF gèrent tous les sous et ont accès à tous les milliards de la planète, mais en plus comme il n’y a qu’eux, ils facturent à des tarifs de malade de simples prestations, ce qui nous donne une activité qui est censée être risquée qui n’a plus aucun risque et qui rapporte des milliards....
Elle est pas belle la vie de TBTF !
Alors oui j’en ai marre que les médias sans discernement parce qu’ils n’osent pas nommer les 20 % de brebis galeuses tapent sur toute la finance.
Mais faisant partie de cette minorité (en responsabilité) mais de la majorité silencieuse, j’avais envie de profiter de ces publications HONTEUSES pour dire que moi aussi j’en ai raz le bol de ces mégas gigas banques à qui on a donné tous les pouvoirs sans être capable ni de les contrôler, ni de les encadrer, car elles sont aujourd’hui Too Big Too Fail.
Samuel Rondot, directeur de www.bestcfd.com (courtier spécialisé sur le CAC 40 avec des tarifs attractifs)
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Le 11 mai 2011 par : london511
Il est plus facile de mettre tout le monde dans le même sac, les médias le font avec la finance en la diabolisant, le gouvernement avec les étrangers qui sont tous considérés comme des délinquants.
Le 11 mai 2011 par : iznogoud
incroyable ces résultats de trading, comment peut on avoir zero jour sans perte ?! les dés sont pipés, le marché c’est EUX !
