Charles Dereeper : Le Cygne noir de Taleb contre la vente de put de Lee Lowell - tout le monde gagne malgré les contradictions…
Il y a quelques temps, je discutais avec Cédric Froment (http://www.objectifeco.com/auteur/cedric-froment) d’un intervenant qui vendait pour 3000 euros une méthode sur DVD pour jouer sur les options. Cédric me répondit que le plus marrant était que les DVD ne comportait pas plus d’informations stratégiques que celles contenues dans le livre de Lee Lowell. Je décidais de relire Lee Lowell en diagonale. J’ai aussi acheté récemment le fameux Cygne noire de Nicolas Taleb, repris en cœur partout sur internet. Disposant de longs trajets d’avion (rejoindre Bangkok en partant du Costa Rica occupe… d’autant qu’ensuite, il faut faire le trajet dans le sens inverse…), je me suis fait en conséquence de longues séances de lecture !
La lecture ensemble de ces deux livres est intéressante.
Lee Lowell explique qu’on peut gagner sa vie à vendre par exemple du Put ou du Put Spread sur des actions qu’on aimerait acquérir à un bon prix. Il souligne les probabilités extrêmement faibles de se faire exercer sur les Put. Quand cela a lieu, on se retrouve avec un prix d’achat très attractif. Sous jacent à ses raisonnements, on sent un certain dédain de sa part pour les acheteurs secs de put en dehors de la monnaie. Il exprime au mieux son étonnement et son interrogation sur ces gens qui dépensent de l’argent à acheter des put dans un espoir très souvent vain. L’intervenant malin doit profiter de cet aveuglement selon lui.
Là où cela devient rigolo, c’est de juxtaposer Lee Lowell avec Nicolas Taleb. Taleb explique sur 500 pages dans un réquisitoire sur la pensée mondiale humaine assez limitée, voire ridicule (ce qui convient bien à ce que je pense également de la médiocrité des humains et de l’art qu’ils ont de se voiler la face en se mentant comme des arracheurs de dents, que ce soit à titre individuel ou collectif), que des évènements exceptionnels se produisent à intervalle régulier en dehors de toutes les anticipations communes des intervenants (je me souviendrais à vie de l’histoire du casino qui dépense des centaines de millions de dollars en sécurité, tout ça pour obtenir 4 problèmes majeurs qui n’ont rien à voir avec la défense adoptée, à savoir un tigre qui bouffe le dompteur, un employé qui pour une raison inconnue, n’envoie pas au fisc américain les gains des gros joueurs…).
La stratégie pour exploiter cela sur les marchés financiers, consiste à s’exposer en permanence à la possibilité qu’ils apparaissent, en étant par exemple sécurisé sur 85% de son capital dans des bons du Trésor (de moins en moins « secure » d’ailleurs…) et en dépensant tous les mois de l’argent sur des put très en dehors de la monnaie. Il suffit d’un seul évènement sur un siècle pour que cette stratégie se révèle rentable. Nicolas Taleb au détour d’un chapitre explique qu’il en a rencontré 4 sur une période de 20 ans, ce qui semble l’avoir pas mal enrichi.
Nous avons donc là deux intervenants qui réussissent sur les marchés par le biais de stratégies complètement opposées, l’horizon de pensée étant la seule différence. Le bonheur des uns… fait le bonheur des autres !
Depuis si longtemps que je reçois des demandes d’informations sur l’art de gagner en Bourse, cette fiche apprendre résume tout. Combien de personnes cherchent à raisonner de manière rationnelle sur un sujet qui ne l’est pas ? J’aime passionnément l’univers du trading, car l’intelligence intellectuelle humaine est tout le temps pris à défaut. Elle ne sert pas à grand chose, comme le démontre magistralement Nicolas Taleb. La plupart des gens sont arrogants dans le sens qu’ils ne parviennent même pas à comprendre que leur intellect les entraînera mécaniquement à perdre. Qu’ils soient sanctionnés financièrement pour cet aveuglement, par le biais de leurs pertes, fait que je me sens bien sur les marchés financiers. La déresponsabilisation de nos erreurs est quelque chose que je déteste par-dessus tout.
En mai, j'ai perdu 29.000 euros sur un trade. C'était parfaitement justifié. Cela m'a poussé aussi à regarder en face certaines "patterns" que par faiblesse, j'avais délaissé. J'ai regagné 24.000 trois semaines plus tard. Le trading est un outil génial pour progresser dans la vie et devenir meilleur. Tous ceux qui ne parviennent pas à progresser sont éliminés. On ne gagne jamais durablement par hasard sur les marchés, sauf Nicolas Taleb qui a fait du hasard négatif, le fondement de sa stratégie...
J’ai lu aussi un livre que j’ai trouvé à Bangkok dont les librairies ont des rayons étonnamment fournis en livres de trading : http://www.amazon.com/Winning-Investment-Habits-Warren-Buffett/dp/0312358784/ref=sr_1_2?ie=UTF8&s=books&qid=1307205967&sr=1-2
Son auteur australien explique que la forme la plus aboutie en Bourse pour un intervenant, est le trading à partir du subconscient. Finalement, partout dans le monde, de nombreux gagnants sont à peu près tous d’accord pour affirmer que la pensée rationnelle n’est pas adaptée à discipline de l’investissement boursier et du trading. Warren Buffet et Georges Soros ont attendu entre 16 et 19 ans d’expérience avant de lancer leurs fonds vedettes que nous connaissons tous… Il faut du temps pour devenir opérationnel et efficace, même pour les meilleurs !
Charles Dereeper
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Le 4 juin 2011 par : brucibru2
La raison est évidemment incapable d’éclairer l’avenir, et d’autant plus, en ce qui concerne les marchés, à très court terme (les variations cherchées non que peu de sens, pour preuve les analyses de la journée écoulée sont souvent encore plus ineptes que les analyses techniques essayant de prédire le lendemain) et à très long terme (sous le joug d’un black swan).
Quand Buffet lance des puts en pleine crise il ne le fait pas avec une échéance de 2 jours ou 3 mois, mais 2016. Ceci explique probablement cela.
Je pense, qu’il y a une échelle de temps ou pour schématiser, on passe de joueur, à parieur (et ou la raison et la connaissance sont tout de même d’une aide, précieuse).
Le 4 juin 2011 par : brucibru2
Et entre (), on ne progresse que grâce la raison, qui exploite la connaissance, en particulier des expériences passées qui ont piqué le cul, on s’en rappelle beaucoup mieux. Même ton Australien arrive à ses conclusions grâce à ces 2 outils. Mais je reste persuadé que le trading à court terme reste du jeux, le même que la roulette, s’il est sorti 10 fois les rouge, il n’y a quand même qu’une chance sur deux que le noir sorte. Ecrire des livres sur le sujet est du temps (de raison) perdu.
Taleb est différent dans son approche. Il dit que par déduction empirique les hommes sous-estiment le risquent d’évènements extraordinaires (ils les oublient ou les ignorent car de fréquence très faible l’échelle d’une vie), et il parie dessus. Comme si tous les jours au tiercé, il était le seul à voir que la cote d’un cheval est sous-estimée. Et il gagne (d’ailleurs, je ne crois que ce soit lui qui gagne mais un de ses exemples).
Le 5 juin 2011 par : brucibru2
Et en te relisant, Lee "chose" a exactement la même approche que Taleb : par sa raison, qui comme pour Taleb semble plus aiguisée que celle de la majorité, il voit l’incohérence et il l’exploite. Pour moi, rien ne les oppose.
