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L'or - Fiche 21 : Histoire des bulles d'actifs

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En contrôlant les taux d’intérêts de court terme, la Fed fixe le loyer de l’argent en agissant à la place du marché libre. Cette manipulation artificielle des taux d’intérêts a conduit à la création de bulles dans toutes sortes d’actifs. Lorsque le secteur dans lequel l’inflation s’engouffre se trouve être les matières premières, comme durant les années 70, les politiques sont à deux doigts de se faire lyncher. Mais lorsque les destinataires du nouvel argent sont les actions et l’immobilier comme durant les 25 dernières années, le public n’y voit pas de problème. Et ceux qui n’ont pas assez de capital pour investir dans les actions ou l’immobilier ne peuvent que souffrir de la perte continue de leur pouvoir d’achat.

 

Sur le graphique suivant, nous voyons le taux de croissance de la masse monétaire américaine M3 et le taux de croissance de l’indice des prix à la consommation, CPI. D’un côté la cause, et de l’autre, l’effet. Nous voyons que durant les années 70, la forte croissance de M3 a produit une forte croissance du CPI, avec un retard de 3 ans environ. Cette forte croissance de la masse monétaire était due au maintien des taux d’intérêts beaucoup plus bas que ce que le marché libre aurait fixé. Les prix ont connu des hausses, jusqu’à +12% en 1975, et jusqu’à +15% en 1980. Le président de la Fed, Paul Volcker, monta les taux d’intérêts à 1 an jusqu’à 16% pour purger l’excès de monnaie du système. Les taux hypothécaires à 30 ans montèrent même jusqu’à 18% ! Cette période de forte inflation a vu le prix de l’or passer de $35 à $850 malgré la hausse des taux d’intérêts pour sauver le dollar.

 

 

Mais à un certain point, les taux élevés ont rendu les obligations plus intéressantes que l’or (les valorisations du marché des actions étaient également revenues à des niveaux extrêmement intéressants), et un renversement de tendance se produisit en 1980. La suite du graphique montre une absence de réaction de l’indice CPI malgré la forte croissance de M3 dans les années 90. Les produits bon marché fabriqués en Chine et les manipulations sur l’indice CPI, ont contribué à masquer les effets de la très forte croissance de M3, ce qui a donné encore plus de liberté aux banquiers centraux pour poursuivre l’inflation. L’argent nouvellement créé s’engouffra avec force dans le marché des actions sitôt que les investisseurs comprirent que le nouveau président de la Fed, Greenspan, travaillait pour eux en ouvrant grand les vannes des liquidités. Sur le graphique suivant, nous voyons l’accélération parabolique de l’indice des actions américaines S&P500 au moment où Greenspan adopta une politique monétaire d’argent facile.

 

 

En mars 2000, les valorisations des actions atteignaient des valeurs de bulle, totalement déconnectées de la réalité. L’éclatement de cette première bulle fit perdre 40% au S&P500 et beaucoup plus au Nasdaq. Plutôt que de laisser les marchés corriger les excès des années passées, Greenspan choisit de baisser les taux à des niveaux qui n’avaient plus été vus depuis très longtemps. Il nourrit ainsi une seconde bulle avec du nouvel argent facile dans l’immobilier. La politique monétaire accommodante de Greenspan fit dépenser l’épargne des Américains, les poussa à investir dans des actions surévaluées et à acheter de l’immobilier surévalué. C’est un résultat attendu lorsque les taux d’intérêts sont fixés plus bas que le taux réel de l’inflation.

 

Je pense que la poursuite de l’inflation ne ressemblera pas à celle des années 90, car les actions et l’immobilier sont déjà fortement valorisés. L’argent se dirige, depuis quelques années, vers un secteur mal aimé : les matières premières, et, ultimes bénéficiaires, l’or et tous les autres métaux précieux. Comme nous l’avons vu au chapitre 3, la grande roue des cycles économique a tourné en 2001 à la faveur de l’or et des matières premières. Ceux qui continuent de gérer leur fortune selon la dynamique de l’ancien cycle 1982-2000 pourraient en faire les frais…

 

L’éclatement de la seconde bulle de Greenspan sur l’immobilier serait bien plus dévastatrice que l’éclatement de la bulle sur le marché des actions, car l’impact toucherait beaucoup plus d’Américains. Le marasme économique qui s’ensuivrait durerait beaucoup plus longtemps que celui des années 30, car l’ampleur de la crise serait proportionnelle aux déséquilibres qui l’ont précédée. Le nouveau président de la Fed, Ben Bernanke, n’aura pas d’autres choix que de lâcher les brides de l’inflation et de poursuivre la dévaluation du dollar. Pour répondre aux inquiétudes des détenteurs de dollars, il y aura peut-être un second John Connaly pour dire : « Le dollar c’est notre monnaie, mais c’est votre problème ».

 

A l'époque, l’empire romain avait trouvé le moyen de rogner ses pièces de monnaie pour continuer à vivre au-dessus de ses moyens (refonte des pièces en réduisant leur teneur en or). Aujourd'hui, l’inflation monétaire sert l'empire américain en rognant régulièrement la valeur du dollar. Que le consommateur ne veuille plus consommer, et le gouvernement prendra le relais avec de folles dépenses dans des programmes de relance économique, ou dans des guerres insensées. Confronté au spectre d’une crise économique sévère, le gouvernement des Etats-Unis ne trouvera probablement rien de mieux à faire que de partir en croisade au Moyen-Orient, histoire de faire diversion sur ses finances désastreuses tout en faisant tourner les planches à billets à plein régime. Et puis, ce serait l’occasion de montrer à la face du monde que les dollars restent couverts par la plus grande force militaire de tous les temps…

 

 

 

Léonard SARTONI

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