Samuel Rondot : les manipulations des courtiers Forex contre leurs clients - entre fantasmes et réalité
Dis papa, c'est quoi un market maker ?
La plupart des courtiers Forex sont ceux que l'on appelle des market makers, littéralement des « faiseurs de prix ».
Source de beaucoup de fantasmes et d'incompréhension, je vais essayer d'éclairer votre lanterne.
Un particulier ne peut pas accéder au marché interbancaire en direct car ses ordres sont trop petits. Il lui faut donc un intermédiaire qui jouera ce rôle. C'est ce rôle qu'endosse le market maker.
Il met à votre disposition un marché qui aurait été inaccessible sans son intermédiation.
Il va donc créer le prix qu'il vous propose.
Ce prix est-il fiable ?
Je réponds sans hésiter oui, mais.
Oui, le prix proposé est forcément fiable (donc le même qu'ailleurs) car si ce n'est pas le cas, il se fera arbitrer.
Prenons un exemple où le prix d'un courtier A serait régulièrement plus cher de 1 pip que celui du courtier B. Il suffit d'ouvrir un compte chez les 2 courtiers et lorsque vous constatez cet écart, vous passez les ordres pour exploiter la différence. Quand c'est revenu à la normale, vous encaissez la différence. C'est du trading quasiment sans risque et qui peut rapporter gros.
Vous n'avez pas tout compris ? Ce n’est pas grave. Ce qui est sûr, c'est que si un courtier manipule son flux de prix, il meurt. C'est lui qui fait le prix, donc c'est lui qui paiera ses erreurs. Et si ses erreurs sont intentionnelles et fréquentes, il tombera sur plus malin que lui, et d'ici quelques semaines il aura disparu du business car ruiné.
Il faut arrêter de fantasmer sur des manipulations permanentes de prix par les courtiers, s'ils font ça, ils sont morts.
Là où on peut nuancer la réponse, c'est sur des cas particuliers (et uniquement sur eux).
Premier cas, ceux qui cotent un produit ou des cotations qui sont difficiles à comparer.
Prenons les courtiers qui cotent la nuit sur le CAC. Le CAC cote de 8h a 22h sur les futures. On peut donc toujours comparer si la cotation est cohérente pendant la journée.
Mais la nuit ….
Le courtier a son propre algorithme de cotation puisque le marché de référence n'existe pas. Cet algorithme est-il fiable ?
Là forcement, on rentre dans le subjectif.
Pour rester dans le concret, vous voulez passer un ordre la nuit, vous voulez vous protéger contre un accident, passer vos ordres sur les marchés qui cotent en réel ? Par exemple, le SP500 américain, il cote en continu jour et nuit (sauf 15 minutes après la clôture). Si quelque chose se passe dans le monde, il sera le premier à réagir et le lendemain à l'ouverture, le CAC ne fera que suivre ce mouvement nocturne. Votre position CAC ne sera pas couverte parfaitement puisque 1 contrat CAC n'égale pas un contrat SP. Mais je suis sûr qu'avec un peu d’arithmétique vous saurez trouver la bonne mesure.
Deuxième cas particulier : l'algorithme d'exécution des ordres. Quand vous passez un ordre, du coté courtier, il y a un code mathématique indiquant la façon de répondre votre ordre. Le marché réel bouge tout le temps et le market maker doit répliquer ses conditions (sinon ça va lui coûter de la rentabilité).
Le plus médiatisé est ce qu'on appelle le Virtual Dealer. Il est médiatisé car il est commun à toutes les plateformes MT4, qui est la plateforme la plus répandue, sa notoriété est donc plus large.
Pour autant, chaque courtier a nécessairement un algorithme. Pour les autres, on n'en parle pas car on ne sait rien puisque tout est fait en interne.
L'avantage pour le courtier de Virtual Dealer c'est que les paramètres sont infinis. Le désavantage c'est que ça sème forcement le doute dans l'esprit des clients.
Pourtant je le répète, il est impossible de coter le Forex sans un algorithme mathématique, Virtual Dealer ou autres solutions propriétaires.
Ce qu'il faut retenir c'est que c'est le point crucial dont tous les market makers ont à répondre devant les autorités de tutelle.
S'ils trichent avec leur algorithme, ils seront condamnés. Les exemples sont légions.
La NFA aux Etats Unis vient d'ailleurs d'annoncer qu’elle va lancer une vérification de tous les courtiers américains en détail et en profondeur sur ce point en particulier. Il faut souhaiter que cette initiative soit suivie en Europe.
C'est là qu'entre en jeu la régulation de votre courtier.
Vous voulez payer moins cher ? Vous pouvez choisir un courtier régulé dans un paradis des courtiers. Ça coûte moins cher, donc ils peuvent vous proposer un prix plus attractif. Mais attention, il n'y a pas grand monde pour surveiller le prix des cotations qu'ils vous proposent.
Et quand on voit que des courtiers ont été tenté de tricher et se sont fait prendre dans les endroits les plus régulés au monde, vous croyez qu'ils font quoi dans ces juridictions plus que légères ?
Comment un market maker gagne sa vie ?
Il n'y a pas une semaine sans qu'on ne me dise avec affirmation que le courtier joue contre son client.
Non, non et non.
Le métier d'un market maker c’est de proposer un prix et de prendre des ordres de ses clients.
Comme le market maker ne va pas chercher la contrepartie de chacun de vos ordres sur le marché, vous avez la sensation qu'il joue contre vous.
Pardonnez moi l'expression, mais il s'en moque de vous.
Le market maker a des centaines de clients actifs. Certains sont longs et d'autres sont Shorts sur le même produit. En cumulant tout ça, on a ce que l'on appelle le book. C'est la position globale du market maker.
Prenons un exemple concret : sur 10 clients qui tradent le EURUSD, 4 sont longs et 6 sont Shorts. Le book du market maker est donc Short de 2.
Il se moque de qui est long et qui est short. Ce qu'il sait, c'est que son risque est de 2 contrats Short.
Il a alors 2 possibilités, soit il couvre ce risque (donc il prend une position de 2 Short sur le marché réel), soit il ne le couvre pas.
La vérité est à mi chemin.
Il est vrai que la clientèle des particuliers a plutôt un profil perdant sur le moyen long terme. S'il ne couvre pas les positions, l'argent va dans sa poche. C'est de ce fait que vient la réputation des market makers de jouer contre leurs clients.
Pour autant, les autorités de tutelle et la logique entrepreneuriale les empêchent de ne faire que ça. Quand leur book est très déséquilibré, c'est à dire que la position des clients est massivement dans le même sens, le market maker n'a pas d'autre choix que de se couvrir sur le marché. Car qu'adviendrait-il si le marché faisait un énorme mouvement dans le sens des clients ?
Et bien le market maker serait ruiné.
Vous croyez vraiment que les autorités de tutelle les laisseraient prendre un tel risque ?
Alors oui, dans une certaine mesure, les market makers ne sont pas toujours couverts à 100% et jouent contre leurs clients.
Mais non, non et non, ils ne jouent ni contre vous individuellement, ni intentionnellement, ni ne sont suicidaires au point de faire sauter leur business.
Alors d'où vient leur rentabilité ? Et bien rappelez vous de l'exemple avec les 10 traders, 4 longs et 6 shorts. S'ils couvrent leurs risques de 2, cela leur coûte un spread de 2 sur le marché. Ce spread là, ils l'ont vendu 10 fois à leurs clients sur 10 ordres différents. Ils ont donc une marge confortable.
Ajoutez à cela une bonne gestion de leur couverture et vous avez une solide rentabilité.
L'introduction en Bourse de plusieurs courtiers depuis quelques mois nous a permis d'avoir accès en détail à des chiffres de rentabilité qui étaient jusque là confidentiels.
Veuillez noter qu'il est maintenant avéré qu'un business de market maker est plus rentable que celui d'un no dealing desk, mais certainement pas dans les proportions auxquelles on s'attend.
A peine 20% de mieux alors qu'au niveau du risque c'est incomparable.
Je suis prêt à parier qu'avec la volatilité du marché qui augmente, de plus en plus de market makers vont devoir (et vouloir) passer en No dealing desk.
J'ai toujours eu beaucoup de mal à comprendre pourquoi les différents brokers Forex laissent dire et courir autant de rumeurs sur leur compte.
Maintenant que je vis le phénomène depuis l'intérieur, j'ai ma petite idée sur la question…
La clientèle Forex et CFD est moins « éduquée » que sur d'autres produits. Le taux de débutant y est bien plus important.
Or, invariablement quand on tente d'expliquer un mécanisme complexe, on prend le risque de créer plus de doutes et de questions que de véritablement répondre aux questions.
Le pari des courtiers classiques est que le taux de renouvellement de leur clientèle ne leur laissera pas trop le temps de se poser ce type de question. En effet, à quoi bon faire naître des questions inutiles dans leur esprit, après tout ce ne sont que des grosses machines marketing à broyer du client.
La différence pour nous, Best CFD, est que nos clients ont une durée de vie bien supérieure à la moyenne de la profession.
Nous ne nous battons pas à armes égales car avec des tarifs très compétitifs, nous n'avons pas les moyens pour faire de la communication à outrance. Mais ceux qui cherchent la qualité et le service ne s'y trompent pas et savent nous trouver.
Il est logique que cette question revienne souvent. Et heureusement pour nous, Best CFD ne représente pas un Market Maker mais un No Dealing Desk car je dois vous avouer que mon éthique personnelle ne serait pas tout à fait à son aise autrement...
Samuel RONDOT
Directeur de www.bestcfd.com (courtier CFD offrant un spread de 1 point sur le CAC 40) et de www.samuelrondot.com (vente de stratégies boursières automatisées)
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Le 27 janvier 2011 par : Balthazar
Vous faites votre pub insidieusement .. Mais c’est un vrai régal de vous lire ! On apprend beaucoup, merci :)
Le 28 janvier 2011 par : pavdu69
Il n’y aurait pas une erreur à un moment dans votre article ? où alors je ne comprends pas.
Vous écrivez :
" Prenons un exemple concret : sur 10 clients qui tradent le EURUSD, 4 sont longs et 6 sont Shorts. Le book du market maker est donc Short de 2.
Il se moque de qui est long et qui est short. Ce qu’il sait, c’est que son risque est de 2 contrats Short.
Il a alors 2 possibilités, soit il couvre ce risque (donc il prend une position de 2 Short sur le marché réel), soit il ne le couvre pas. "
Pour couvrir son risque, le MM prend 2 positions short ? ce qui amène son exposition à 4 short ? Ce n’est pas plutôt une prise de position de 2 long pour annuler le risque ( - 2 + 2 = 0 donc couverture ?). Merci de m’éclairer.
Le 28 janvier 2011 par : london511
Bonjour, vous dites que le courtier market maker peut couvrir la différence entre les horts et les position longues, cepedant les clients prennet position à différents moment et à des prix différents , ceci a il une influence sur le market maker ? Exemple:1 client ouvre une position longue à 8:00 à 4000 et à 9:00 2 autres clients ouvrent 2 position short à 4100 ? Comment le market maker couvre il ceci ? Merci
Le 30 janvier 2011 par : Balthazar
@pavdu69
Le courtier est la contrepartie. Si les 2 shorts (les autre s annulent entre eux) ont raison le courtier doit payer.
Pour se couvrir il prend la meme position sur le marche reel. Et il n y a alors plus de risque pour le courtier car il gagne sur le marche ce qu il perd vis a vis des clients ou inversement
Le 27 février 2011 par : sauniere
Bonjour,
Merci pour votre article.
Je serai curieux de savoir ce que vous pensez des publicités racolleuses (c’est le moins que l’on puisse dire) des publications agora et de jéromer Reviller ?
http://www.publications-agora.fr/pa...
A fuir ?
Bien à vous
marc
