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Charles Dereeper - Forex - Interview 3 : Pierre, +135% en six semaines… avant de chuter

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(article du 2 juillet 2010)

Sa manière de jouer sur les devises

Pierre fait partie des intervenants dont le principal mode de jeu est constitué de feelings des marchés. En mélangeant un peu d’analyse macro économique, avec un peu d’approche graphique, il parvient à un sentiment plutôt haussier ou baissier et prend alors des positions en fonction de ses conclusions. Plus précisément, Pierre suit les informations sur l’environnement économique, surveille le niveau d’inflation et la politique monétaire des banques centrales afin de déceler une éventuelle hausse ou baisse des taux d’intérêts. Il se pose des questions dans les termes suivants :

« Quelle est le potentiel de hausse ou de baisse sur un plan fondamental, de telle devise ? ».

Il regarde en outre les mouvements, les vagues, la vitesse, les résistances et l’emplacement des sommets. Cela lui donne des indications, même s’il reste assez dubitatif en général sur les outils graphiques.

Il pense que c’est efficace pour des décalages de 5,10, voire 20 pips, mais au-delà, le chaos des cours rend les résultats hasardeux. En plus, il trouve que la dépense d’énergie n’est pas rentable. A surveiller les graphiques sur les écrans, en temps réel, le nez collé dessus toute la journée ou presque, l’usure des nerfs est trop importante par rapport au rendement.

Il considère que jouer des mouvements trop courts est un piège où, une fois tombé dedans, cela empêche l’intervenant de voir les grandes tendances.

« Il faut savoir prendre du recul ».

En fait, son objectif premier est grossièrement de se mettre dans le sens du vent. Il attend qu’une impulsion se dessine sur les graphiques, confirmée par un environnement économique en rapport, et il prend le train en marche.

« Lorsque je sens une tendance, je mise dessus. De toute façon, à moins d’une news contradictoire, la vague a plus de chances de poursuivre dans le même sens que d’inverser la vapeur ! »

Son objectif de gains est situé entre 50 et 100 pips.

Afin de rendre plus compréhensible la logique de perception d’une tendance, j’ai demandé à Pierre de me sélectionner les informations qu’il utilisait pour se faire un scénario. Il m’a rapidement envoyé cette dépêche en trouvant qu’elle synthétisait parfaitement les principales préoccupations qu’il avait pour repérer un environnement économique favorable à une tendance.

« Le dollar s'est replié à ses plus faibles cours depuis un an face à l'euro et sept mois face au yen. La pause prochaine dans la baisse des taux, annoncée par le président de la Fed, lui a été fatal. Le dollar est tombé hier à son plus faible cours depuis un an face à l'euro, qui est venu tutoyer le seuil de 1,27. Le billet vert se retrouve également à son plus bas niveau depuis sept mois face au yen et au franc suisse. La batterie de très robustes statistiques américaines publiées depuis vendredi, à commencer par une étincelante croissance de 4,8 % en rythme annualisé au premier trimestre, ne lui a été d'aucun secours. Depuis que le G7 a stigmatisé les déséquilibres mondiaux le 22 avril et que cinq jours plus tard Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale, a annoncé une pause prochaine dans la hausse des taux, le déficit des comptes courants américains est revenu hanter les vendeurs de dollars. Avec d'autant plus de virulence que les écarts de taux en faveur du dollar sont condamnés à se réduire. La Banque centrale européenne pourrait préparer le terrain en vue d'une hausse d'un demi-point de son taux directeur en juin. »

A la lecture de cette news, tous les ingrédients fondamentaux du marché des changes sont présents : taux d’intérêts, Banques Centrales, croissance économique, déficits, et politique avec le G7 !

Dans la logique de Pierre, à ce stade où l’environnement économique est relativement lisible, il reste juste à regarder les graphiques et repérer la présence d’un début de tendance sur les prix. Si tel est le cas, il prend une position dans le sens des news.

Il ne suit aucune autre règle.

 

Mon commentaire

Qu’en penser ?

J’ai trouvé qu’il y avait du bon et du mauvais dans cette rencontre.

Pierre est assez représentatif du comportement parfois suicidaire des boursicoteurs. Chacun fait sa petite soupe dans son coin afin de savoir s’il faut acheter ou vendre, sans trop de logique d’ensemble et, par moments, avec un peu de légèreté.

La question essentielle à se poser est de savoir si adopter une telle stratégie est pertinent. En d’autres termes, quels sont les résultats si on cherche à reproduire à grande échelle cette méthode d’intervention ?

A priori, pour la plupart de ces joueurs, l’expérience spéculative se termine mal. Le hasard a trop de place.

En effet, l’ensemble des études statistiques sérieuses portant sur l’analyse des performances obtenues à moyen terme (quelques années) par ce type de joueur, est à sens unique : l’efficacité financière est limitée, voire négative !

Des professeurs ont étudié aux Etats-Unis des dizaines de milliers de comptes de particuliers sur de longues périodes, parfois quinze ans, à partir des courtiers US. Ils ont torturé tous les chiffres, et ce sont à chaque fois les mêmes résultats qui sont sortis : manque à gagner ou pertes par rapport à une stratégie d’achat et conservation !

 

Le résultat du hasard

Concrètement, un joueur peut parvenir de manière rationnelle à la conclusion que la tendance est haussière, parier à l’achat avec un fort effet de levier et gagner. Sur une période de un mois, tout est possible. N’oublions pas qu’il y a une chance sur deux de gagner. Ce qui est énorme.

100% de gains en un mois - le thème central de ce livre - les fait donc émerger dans les filtres de sélection. C’est normal. Ils sont plus d’un millier à intervenir de la sorte. Obligatoirement, certains choisissent la bonne combinaison à un moment donné et explosent les compteurs à la hausse. Et personne ne parle des centaines d’autres qui se sont trompés de sens !

Mais, si ce même type de joueur reproduit, ne serait-ce qu’une trentaine de fois son comportement, sur une période de 30 mois, les résultats financiers seront probablement très mauvais.

D’ailleurs, régulièrement dans les jeux concours, le deuxième mois leur est déjà fatal. C’est ce qui est arrivé à Pierre qui a reperdu l’intégralité de son gain de 135% et a même croqué tout son capital de départ au cours du deuxième mois.

En outre, si on analyse les performances d’un millier de joueurs utilisant leur opinion personnelle comme support de décision, dans le cadre d’un jeu où une seule position est autorisée par mois, il y a fort à parier que moins de 5% d’entre eux dépasseraient les 100% de gains.

En fait, ces joueurs gagnent et perdent en interprétant de manière souvent erronée les causes de leurs succès et échecs ! Fondamentalement, ils ne savent pas pourquoi leur trading fonctionne ou non.

Ils ne mesurent pas à quel point ils ont été dépendants d’une configuration donnée sur les cours.

Plongez-les un an plus tard dans un marché en range, ou en tendance baissière, et ils échoueront, laissant la place à d’autres joueurs ayant eu les bons feelings de marché aux bons moments.

Lorsque tous parlent de leurs gains, les justifications de leurs prises de positions leurs semblent évidentes alors que la place du hasard est probablement déterminante dans leurs résultats !

Je ne cherche pas à critiquer toutes ces personnes. Simplement, en tant qu’observateur ayant rencontré plusieurs dizaines d’intervenants de cette nature, j’ai pu mesurer à quel point le scénario final était identique, à savoir DES PERTES ! La chance ne dure jamais longtemps dans le monde du trading !

Exprimons les choses clairement et de manière neutre : gagner sur le Forex n’est pas facile.

Certains cherchent à contrôler un minimum les évènements en mettant en place une approche structurée, répétitive, reposant sur une logique et une stratégie réfléchie. Cette volonté ne garantit nullement les gains.

D’autres abandonnent plus ou moins consciemment au hasard le sort de leurs opérations spéculatives, à l’image de Pierre. Il m’est impossible d’écrire que cette deuxième manière de fonctionner garantit les pertes. Mais il se trouve que les observations de terrain, à petite ou grande échelle, démontrent que le nombre de gagnants est MOINS élevé dans la deuxième catégorie que dans la première, dès lors que la période est suffisamment longue, c’est-à-dire plusieurs dizaines ou plusieurs centaines d’opérations réalisées.

A titre personnel, je suis donc convaincu que les intervenants ont tout intérêt à choisir la voie du contrôle, de la réflexion, de l’approche méthodique. Pour citer un vieil industriel américain, Henry Ford, « La plupart des gens ratent leur chance parce qu’elle se présente souvent en tenue de travail » !

Hélas en effet, contrôler un minimum le sort de son trading implique de travailler, lire, tester et réfléchir. Qui plus est, il faut également accepter de se tromper et de mettre à la poubelle parfois plusieurs mois de travail.

Je n’ai jamais rencontré dans ma vie un trader « successful » qui n’avait pas fait gamberger un maximum ses neurones…

A moyen ou long terme, la légèreté ne paye pas sur les marchés financiers.

Pourquoi alors conserver le témoignage de ce Pierre si je ne crois pas au succès par l’intermédiaire de ce type de comportement ?

J’ai trouvé que Pierre soulevait un point important en matière de spéculation boursière : le coût de l’énergie dépensée à suivre, en temps réel, les cours du Forex !

Et là, il a vraiment raison. Suivre les marchés financiers en temps réel est éreintant. Son idée de capter des grands mouvements est un axe à développer.

Prenons les mois de mars et avril 2006 sur l’euro dollar, sur un graphique dont l’échelle de temps est une barre = 4 heures de cotations.

J’ai tracé six vagues. Etudions dans le détail l’amplitude de ces vagues.

VAGUE 1 = environ 230 pips en l’espace de 40 heures ;

VAGUE 2 = environ 340 pips en l’espace de 130 heures ;

VAGUE 3 = environ 250 pips en l’espace de 120 heures ;

VAGUE 4 = environ 350 pips en l’espace de 240 heures ;

VAGUE 5 = environ 270 pips en l’espace de 100 heures ;

VAGUE 6 = environ 380 pips en l’espace de 250 heures.

La question de Pierre a vraiment le mérite d’être essentielle. En effet, voici deux mois sur l’euro dollar où des mouvements de 230 à 380 pips s’enchaînent. Six vagues au total ! Il s’interroge alors de manière pertinente :

Pourquoi ne pas chercher à capter entre 50 pips et 100 pips en prenant le train en marche, dès lors qu’une tendance est confirmée et que les news économiques et attentes macro économiques des intervenants sont en phase avec cette vague ?

C’est simple. C’est économique en termes d’efforts ! Et c’est diablement rentable au niveau du potentiel.

Attention, ne nous méprenons pas sur la pertinence générale. Il existe plusieurs types de comportements des marchés. L’euro/USD s’est particulièrement bien prêté à cette approche depuis quelques mois, en enchaînant une succession de vagues assez creusées.

Regardez au cours de la même période ce qui s’est passé sur l’euro yen.

 

Au lieu des six vagues présentes sur l’euro dollar, nous n’en avons plus que quatre sur l’euro yen. En outre, elles sont nettement moins claires.

Certes, l’idée essentielle qu’il existe sur les graphiques en échelle une barre égale à 4 heures, des tendances intéressantes à capter, est confirmée, mais les marchés connaissent tous des phases de congestion rendant, par moments, bien délicate et bien difficile la détermination du sens exact de la tendance !

Observez le dollar yen en février, mars et avril 2006, soit la même période que celle des deux autres exemples, mais avec un mois en plus au début.

Il est à nouveau facile de déceler cinq grandes tendances offrant l’opportunité de capter des centaines de pips, à partir de la logique « du train en marche », que les professionnels appellent « le suivi de tendance ».

Cependant, deux zones de congestion séparent les tendances 1 et 2 et les tendances 4 et 5. Pendant plus d’une centaine d’heures il est pratiquement impossible de savoir à quoi jouent les marchés.

En même temps, rien n’est jamais parfait. Et le constat de base est là : il existe en permanence, sur les devises du Forex, des tendances d’une taille suffisamment amples pour avoir à éviter de rester collé sur l’écran toute la journée,

contrairement aux indices boursiers qui sont nettement plus compliqués dans leurs mouvements à court terme et nettement moins stables dans les tendances, dès lors que le niveau de volatilité est faible ou moyen.

 

Charles DEREEPER



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L'auteur
Charles DEREEPER

Rédacteur, éditeur, entrepreneur, trader...

L’intégralité de mes articles est publiée sur Objectifeco à cette adresse : http://www.objectifeco.com/auteur/c... que je considère comme mon blog perso.

Je vis en fonction de l’intuition, du coeur et de la possibilité de mourir à chaque instant.

Je mets à la poubelle la culture chrétienne, ce que m’ont raconté mes profs ou mes parents et toutes les âneries que l’Etat français a tenté de m’imposer pour me tenir en laisse...

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