Charles Dereeper - Forex - Interview 2 : Stéphane, +160% en quelques semaines… avant de plonger !
Son passé sur les actions
Il a démarré en 1996 en ouvrant un PEA, afin de bénéficier de l’aspect fiscal attractif de ce type de compte. Il joue les premières années uniquement sur les valeurs du CAC 40, en suivant les conseils de son banquier. Parallèlement, il cherche à comprendre plus en profondeur le monde de la Bourse.
Petit à petit, il commence à suivre ses propres diagnostics pour acheter et vendre ses actions.
Ses souvenirs les plus marquants sur les actions
Au chapitre des pertes, il a été relativement épargné avec des pertes régulières, limitées à 10 ou 15%. Seul véritable accident dans son histoire, EADS en septembre 2001 où il prend un joli -50%...
Son compte a progressé d’environ 75% en deux ou trois ans. Une belle plus-value représente pour lui un gain de 30% au moins sur une position. Son plus gros écart est un achat sur Moulinex au moment où l’entreprise se retrouve dans l’œil du cyclone et lutte pour sa survie. Il réalise 100% de gains en deux jours.
Fait étonnant, sa prudence l’a amené à rester complètement à l’écart des valeurs techno et de toute la bulle des années 1998 / 2000. Il n’a donc pas été trop touché par les marchés baissiers de 2001 / 2003.
Sa découverte du Forex
Lecteur régulier du magazine Capital, il s’est inscrit à l’édition octobre/novembre 2005 du jeu-concours organisé par Realtime Forex sur les devises.
Ses performances ? Au départ, il stagne pendant deux semaines, le temps de découvrir le nouvel environnement. Puis il grimpe de 100% en quelques séances, touche au mieux +160% en deux semaines, le tout réparti en une quarantaine d’opérations. Ensuite, il reperd l’intégralité de ses gains et « saute » ! Il est intervenu à 90% sur l’Euro Dollar et à 10% sur le Dollar Yen.
Mon commentaire
Lors de la première interview, je me suis fait la réflexion que cet homme-là manquait d’expérience du jeu de la spéculation. Il a d’ailleurs été éliminé à cause du montant final de ses pertes. Il ne peut pas être un modèle à copier dans la mesure où lui-même est à la recherche d’une approche plus aboutie. C’est lui-même qui me l’a dit. Mais après analyse, il ressort de son expérience de nombreux points intéressants à développer. J’ai trouvé que certains pourraient y trouver matière à progresser.
Sa manière de jouer sur les devises
Dès le départ, lorsque je cherche à évaluer sa mécanique de décision, apparaît une de ses particularités : Séphane ne suis aucune règle. Il passe son temps à s’adapter avec une souplesse inhabituelle chez les intervenants, en faisant varier les paramètres des outils.
Il suit les cours à partir de trois échelles de temps, le format hebdomadaire, le format quotidien et le format intra day 30 minutes.
Il utilise le RSI, les enveloppes Bollinger, les paraboliques et les moyennes mobiles dans une approche de contre-tendance.
Prenons par exemple les moyennes mobiles : il est capable de réduire à 30 séances (en format quotidien) la durée de l’indicateur, lorsque la volatilité est élevée et de l’allonger à 200, en cas d’absence de volatilité. C’est un point très important ! Il l’a compris de manière intuitive.
En analyse technique, l’un des principaux facteurs - si ce n’est pas le principal tout simplement - impactant l’efficacité des outils, est la VOLATILITE. Il est très clair que les outils et la durée de leur calcul n’obtiennent pas les mêmes résultats selon que les marchés sont actifs ou non.
Plus les cours bougent, plus il est nécessaire d’être réactif et d’augmenter l’horizon des indicateurs, afin de coller aux variations. Inversement, le calme oblige à diminuer les durées des indicateurs.
Tout ceci est d’autant plus vrai lorsqu’un intervenant souhaite spéculer en faisant de la contre-tendance.
Prenons l’exemple d’un RSI.

Fin décembre 2005, pendant une quinzaine de séances, sur l’Euro Dollar au format une barre = 4 heures. Voici un range horizontal où la volatilité est très faible. L’amplitude des vagues est donc limitée. Le RSI 10 périodes ne décèle pratiquement aucun surachat ni aucune survente, en prenant les bornes 70 et 30.

En prenant un RSI à 3 périodes dans un univers à faible volatilité, les résultats sont nettement meilleurs. De nombreux points bas et points hauts sont correctement décelés en utilisant les mêmes bornes précédentes 70 et 30.

Mais, à peine deux semaines plus tard sur l’Euro Dollar, au mois de janvier 2006, débute un nouveau range horizontal avec un niveau de volatilité plus élevé. Le RSI 3 périodes et ses bornes 70 et 30 deviennent moins efficaces. Il faut rallonger la durée en montant à 6 périodes au lieu de 3, pour obtenir de bons signaux.
Le but de la démonstration
Après-coup, il est toujours facile de produire de jolis exemples comme les trois derniers graphiques où la bonne durée des paramètres du RSI permet de gagner en contre-tendance. Mais dans la réalité du trading en temps réel, on ne connaît pas l’avenir. On le découvre…
Un trader qui travaille en permanence avec des paramètres fixes sur le RSI pour faire de la contre-tendance va s’exposer à des déconvenues, nous l’avons vu, à cause des variations de volatilité.
La seule solution consiste à s’adapter.
Nombreux sont les recherches mathématiques réalisées en ce sens afin de programmer des modèles informatiques capables de s’adapter aux variations. Les noms barbares pullulent dans ce domaine : logique floue ou fuzzy logic. Réseaux de neurones….
Mais à ce jour, personne n’a vraiment réussi à trouver quelque chose qui tienne vraiment et durablement « la route ». La seule machine capable de s’adapter avec succès reste, à ce jour, la bonne vieille cervelle humaine…
J’ai donc bien aimé lorsque Stéphane m’a parlé de son comportement. En voici quelques bribes : « Il faut comprendre que je ne connaissais rien du tout aux marchés des changes. J’étais en phase de pure découverte. J’ai cherché à m’adapter du mieux que j’ai pu, en tâtonnant et en observant les configurations sur le passé récent. Je faisais varier les paramètres des outils en cherchant ce qui pourrait fonctionner le mieux par rapport aux comportements que j’observais sur les cours ».
C’est un élément-clé. La plupart des esprits humains ont du mal à conserver la fraîcheur de la découverte. Pourtant, parmi tous les grands traders que j’ai rencontrés dans ma carrière, l’une des principales caractéristiques de leur génie résidait dans leur capacité d’adaptation. Rien n’est jamais acquis selon eux. Ils sont prêts à abandonner des règles qu’ils utilisent depuis plusieurs trimestres en quelques instants, parce qu’ils ont décelé un changement de comportement des marchés qu’ils traitent. Rien n’est fixe ni définitif. J’ai toujours admiré leur détachement des outils.
Si on prend un peu de recul, finalement, l’être humain fait appel à certaines aptitudes au moment où il rencontre une situation nouvelle qu’il cherche à maîtriser. Puis, une fois qu’il a expérimenté la chose, il se met assez naturellement sous pilote automatique.
Il semblerait que, jouer avec succès sur les devises ou les actions, implique de ne JAMAIS passer en mode « pilote automatique… »
Les autres outils utilisés par Stéphane
En dehors des indicateurs techniques numériques, Stéphane s’est servi des chandeliers japonais, bien qu’il ait reconnu avoir une faible expérience.
Au moment de la compétition en novembre et décembre 2005, l’analyse de l’actualité lui a également été bénéfique. A cette époque, il y avait les cyclones en Nouvelle Orléans aux Etats-Unis et surtout, les annonces des Banques Centrales américaines et européennes pour d’éventuelles remontées des taux d’intérêts.
Dans sa période de réussite qui lui a permis de « scorer » à +160% avec un taux de réussite proche de 75%, Stéphane fonctionne finalement à l’intuition. Il consulte les news fondamentales et économiques, écoute les conseils des autres, observe énormément les outils d’analyse technique avec une approche de découverte. Il assemble tout cela dans sa tête de manière subjective en écoutant son ressenti.
En fait, dans une première étape, il cherche les concordances de manière intellectuelle en recoupant les informations des différentes sources. Puis, dans un second temps, après une sorte d’assemblage général, soit naît en lui une conviction, soit naît le vide et l’absence de sensations. En cas de conviction, il passe un ordre. Dans le cas contraire où le doute est plus fort que la conviction, il reste à l’écart.
Les pertes
C’est la faille de Stéphane : il ne sait pas couper. Cette fragilité lui sera fatale.
« Plus je perds sur une position, plus c’est négatif, plus je me dis que je ne vais pas couper maintenant, car il est trop tard ! ».
« Je me dis toujours que, tôt ou tard, les cours vont remonter ! ».
Spéculer avec une approche des pertes telle que celle évoquée ci-dessus, relève de la tendance suicidaire refoulée…
Stéphane a enchaîné quelques grosses pertes de plus de 100 pips avec un fort effet de levier et il s’est fait « sortir » du jeu…
Ce qu’il a compris, c’est que les pertes génèrent énormément de stress et beaucoup d’efforts psychologiques. Mais, paradoxalement, la parade consiste à développer sa capacité à couper une position. En effet, cela donne un contrôle sur la situation. Perdre sans savoir couper est éreintant, car le titulaire du compte et de la position se retrouve à la merci des soubresauts du marché sur lequel il est coincé. Chaque variation est vécue intensément et difficilement, alors qu’en prenant une position où le risque maximal est connu à l’avance, le stress sera moins intense, même en cas de pertes, puisque le pire et l’issue sont désormais connus.
Les autres points intéressants
Stéphane maîtrisait mal son comportement de joueur et son côté impulsif, deux traits de caractère qui sont impératifs à dominer lorsque l’on pratique la spéculation. Concrètement, s’il passait ses ordres le matin avant de partir à son travail et revenait le soir, il parvenait à mettre sa stratégie en place sans problème.
Mais s’il s’amusait à regarder les cours bouger en temps réel, il lui arrivait régulièrement de commettre des erreurs en prenant des mauvaises décisions ou en se laissant prendre au jeu. Il a pu ainsi observer l’écart important qui existait entre ce qu’il disait et ce qu’il faisait dans la réalité !
Autre piège, le Forex permet de gagner très vite beaucoup d’argent, notamment avec l’effet de levier offert. C’est euphorisant et grisant.
Souvent, les intervenants pensent que les pertes sont très difficiles à gérer psychologiquement, alors que les gains sont plus faciles à vivre. Méfiance. Car pour bon nombre d’humains à l’image de Stéphane, gagner gros et vite fait baisser la garde. Or, une petite série d’erreurs d’inattention ou d’excès de confiance et c’est la dégringolade.
Les gains ont le réel et dangereux pouvoir d’émousser la perception du risque des traders.
Pour Stéphane, bien qu’il ait réalisé 60% de ses trades en contre-tendance contre 40% en suivi de tendance, la meilleure approche est la technique pyramidale, à savoir, prendre une petite position initiale pour tester le marché. Si, disons, une hausse de 10 pips intervient, il faut remettre une couche supplémentaire en augmentant la taille de la position. Si la hausse se confirme avec 10 pips de plus, c’est le moment de prendre une grosse position. Dans le cas contraire, il faut décrocher et ne pas insister.
Enfin, Stéphane a fait une découverte étonnante de mon point de vue. En cherchant à se former auprès de personnes expérimentées, il a fini par comprendre quelque chose : non, les traders professionnels ne cherchent pas en permanence les gros gains et la prise de risque permanente, bien au contraire. Il s’est aperçu que les pros géraient de manière très structurée le risque et les gains avec une approche à long terme, en cherchant à construire.
Les professionnels ont parfois une image faussée dans le grand public !
Stéphane Chatelain a participé à l'édition suivante de 2006
Au mois de mai 2006, il a réalisé une incroyable performance de +780%. Puis, il a commis une erreur. Sur une opération lors d’une annonce, il a misé sur un gain potentiel de 20 pips à la baisse. Au lieu de cela, les cours se sont envolés de 150 pips. Il n’a pas coupé… Son compte est retombé de 780% à +250%. Puis il est finalement remonté à +424%.
« J’ai tout de même progressé dans l’art d’accompagner les gains en remontant un stop de pertes de manière à protéger mes positions gagnantes. Je coupe également nettement mieux qu’avant. Je me souviens au début, j’hésitais en me morfondant. Je commets encore des erreurs, mais je vais dans le bon sens ».
A la suite de sa performance dans l’édition 2006, il a gagné un compte de 1000 dollars. Au moment où nous nous sommes recontactés, ce compte était passé en une semaine à 1400 dollars, soit un gain de 40%.
« Le 29/08/2006, les minutes de la Fed sont tombés. J’ai acheté à 1,2762. L’euros a commencé sa hausse vers 19h30. Je suis sorti à 1,2822 quelques heures plus tard ».
C’est une de ses nouvelles stratégies : avant une annonce ou un gros chiffre, il place 30 pips au-dessus et au-dessous un stop acheteur ou vendeur afin de rentrer sur une accélération. Une stratégie totalement identique à celle présentée dans le chapitre précédent…
Enfin, il expérimente actuellement les croisements de la ligne du zéro du MACD en échelle de temps 4 heures, avec une sortie de position au bout de 30 pips de gains et un stop à 20 pips.
Il essaye aussi la moyenne mobile à 24 périodes sur l’échelle de temps 60 minutes.
Charles DEREEPER
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