Charles Dereeper - Forex - Interview 1 : Jacques, 35 ans de Bourse, portefeuille de 150.000€
Son passé sur les actions :
Il a démarré en 1970. Son background est donc suffisamment long pour lui permettre d’avoir connu toutes les phases de marché et ses différentes configurations.
Regardez par curiosité ce qui s’est passé dans les années 70 :

Les marchés actions à cette époque (entre 1970 et 1980) n’avaient rien à voir avec ceux d’aujourd’hui. En effet, ils sont restés stables pendant plus de dix ans !

En comparaison, la progression depuis 1980 est époustouflante !
Les évènements qui l'ont le plus marqué
« Je me souviens du plongeon de 1981 lors de l’élection de François Mitterand, de la forte hausse de 1986 et de l’écroulement de 1987 avec -22% en un soir. J’avais certes allégé mes positions, mais je me suis quand même pris une grosse claque avec le krach. Le seul point positif de cette mauvaise expérience, c’est que je ne me suis pas fait piéger en 2001. Et finalement, bien que j’utilise l’effet de levier de 1 à 5 sur les actions, je n’ai, depuis, subi que des pertes limitées ne dépassant jamais les 10%. Sauf en 1990, au moment du krach relatif à la Guerre du Golfe où j’ai perdu 20%. Heureusement, je n’ai pas tout vendu, car je me suis dit que cette histoire n’allait pas durer. Bien m’en a pris, car j’ai récupéré mes pertes quelques mois plus tard. En 1998, lorsque le CAC 40 a déballé avec l’affaire LTCM (un hedge fund ultra spéculatif qui a fait faillite), j’ai également conservé mes positions. En revanche, j’ai liquidé l’intégralité de mes positions en 1999, manquant ainsi de belles plus-values potentielles. Seulement, je ne sais pas si j’aurais vendu en 2000, avant le grand marché baissier. »
Son passé sur les marchés à terme
« J’ai démarré à la fin des années 70, les marchés de matières premières à Paris, sur le café, le sucre et le cacao. Ensuite, je suis intervenu sur les marchés de taux d’intérêt et les indices boursiers, par l’intermédiaire des contrats de Futures. »
Sa découverte du Forex
« En 2003, j’ai participé à un jeu organisé par Realtime Forex dans lequel je suis arrivé troisième sur plus de 5000 inscrits, avec +150% de gains en deux mois. Je suivais les devises depuis des années, mais sans jamais être intervenu dessus. Après le jeu, j’ai ouvert un compte de 12.500 euros. Au bout de trois mois, j’avais plus de 70.000 euros de bénéfices. Que j’ai reperdus en partie. A la fin de la première année, mon compte est en effet retombé à 20.000 euros. En 2004, je double ma mise sur l’année, portant ainsi mes avoirs à 40.000 euros. Puis, je rechute un peu et j’arrête. Mes activités de gérant de société industrielle me demandant trop de temps. »
Ce qu'il y a d'intéressant dans cette histoire
Jacques a été capable de réaliser un écart d’environ 500% en seulement trois mois. En outre, il a renouvelé une autre belle performance plus tard avec un gain de 100%. C’est donc pour cela que j’ai conservé son témoignage.
L’effet de levier utilisé a oscillé de 20 à 40, que ce soit pour des positions intra day ou overnight. Au niveau du temps consacré au suivi des marchés, Jacques a pris l’habitude de passer deux heures le matin, de 9h00 à 11h00, et deux heures l’après-midi, de 14h30 à 16h30.
Son horizon d’investissement varie de 1 heure à 5 ou 6 jours. Il suit essentiellement l’euro contre dollar, la livre sterling contre dollar, le yen et le franc suisse contre dollar.
Il regarde les graphiques sur un passé de un an, un mois et trois jours, en format quotidien. Il utilise également l’échelle de temps 5 minutes en observant l’action des cinq dernières heures.
Les techniques qui lui ont permis de dépasser rapidement les 100% de gains
« En 2003 et 2004, il m’est régulièrement arrivé de gagner 100 à 150 pips en journée avec cette stratégie très simple : en fonction des statistiques publiées, je plaçais un stop suiveur de 20 pips au-dessus et au-dessous, juste 10 secondes avant la publication. Très souvent, les devises se mettaient à décaler pendant plusieurs heures ensuite.

Voilà schématiquement à quoi ressemble la première stratégie de Jacques qui a pu ainsi multiplier rapidement son capital initial par cet intermédiaire. Il faut comprendre qu’en arrière-plan, se joue l’alternance entre les phases de congestion et les phases d’extension. En effet, contrairement aux comportements des indices boursiers par nature beaucoup plus dynamiques et hachés, les devises du Forex sont, dans une certaine mesure, plus lisibles à travers ce concept d’analyse. Les phases de tendance ou d’accélération prêtent moins à interprétation que sur les graphiques des indices boursiers où le chaos rend la lecture plus difficile. Idem pour les congestions ou stagnations. Le Forex est réputé pour ses phases où les devises restent à l’horizontal, dans une véritable purée de poix !

Voici l’euro contre dollar en format heure par heure. Pendant trois jours non-stop, les cours stagnent, sans direction. Une nouvelle tombe et l’euro/dollar s’envole de plus de 200 pips en 24 heures. C’est pratiquement la ligne droite.
On comprend mieux pourquoi la stratégie de Jacques fonctionne. Il suffisait de patienter jusqu’aux publications de statistiques importantes capables de faire déplacer dans un sens ou dans l’autre une devise en position d’attente depuis quelques temps, et le tour était joué.
Dernière précision : « Lorsque la volatilité baisse sur les devises, les écarts sont moins violents au moment des publications. Néanmoins, pour m’aider, je regarde environ 1 heure avant la statistique, en graphique échelle de temps 1 minute, l’activité et ce qui se passe. J’ai en effet observé que huit fois sur dix, la direction était la bonne. Je crois donc qu’il y a beaucoup d’initiés sur le Forex. »
Deuxième principale technique employée par Jacques
Les supports et résistances. Rien de plus subjective que cette approche qui repose presque intégralement sur l’intuition, chacun interprétant finalement les graphiques à sa manière.
Jacques a néanmoins un point de vue intéressant sur le sujet : « Les achats sur un support en cas de repli et donc, en contre-tendance, représente 20 à 30% de mes opérations. Mais ils rapportent souvent en moyenne bien plus que les 70 à 80% de trades que je réalise en achetant sur accélération, lorsque je cherche à me mettre dans le sens du vent ! »
Est-ce à cause du risque pris ? Acheter juste avant un retournement offre de meilleures perspectives, à condition que ce retournement de tendance ait bien lieu…
Voici schématiquement à quoi cela ressemble.


Illustration avec des graphiques.

Dans cette tendance baissière sur l’euro dollar en échelle de temps, une barre = 2 heures, quatre supports sont successivement enfoncés. A chaque fois après une première baisse, succède un rebond haussier. Se mettre dans le sens du vent peut rapporter, mais le potentiel de gains est souvent limité, de 20 à 60 pips. Rares sont en effet les breaks de supports et résistances à donner lieu à une forte accélération sans aucune hésitation ! L’approche du suivi de tendance est d’ailleurs réputée pour avoir un taux de réussite assez bas.

Voici en comparaison deux breaks de supports qui accélèrent franchement, de manière quasi ininterrompue, sur l’euro contre yen, donnant naissance à de vraies tendances sur plusieurs jours consécutifs. Cette situation est beaucoup plus rare que la précédente.
Deuxième alternative au niveau des stratégies, l’achat en contre-tendance sur un support offre souvent un taux de réussite supérieur !

Ci-dessus sur l’euro contre dollar, un support testé à 4 reprises (un point bas non visible sur ce graphique sert à tracer le support). Le premier test donne lieu à un rebond de 50 pips. Le deuxième achat en contre-tendance dégage au mieux 110 pips, le troisième 100 pips et le quatrième 90 pips, en sachant que la perte maxi potentielle est de 35 pips. Bien sûr, ces exemples n’ont aucune vocation à être généralisés. Simplement, il est clair que la contre-tendance permet de se positionner au tout début d’un mouvement et par voie de conséquence, de capter un plus gros potentiel de points. Le suivi de tendance, en comparaison, amène l’intervenant à se positionner dans une vague dont une partie du mouvement a déjà été réalisée, réduisant d’autant le potentiel de gains ! Tels sont les enjeux.
La gestion de ses positions et ses règles de sortie
« Si je gagne de 50 à 100 pips en une heure, je sors. Certes, je regarde la présence de supports et résistances, mais le résultat de ma position en cours compte pour beaucoup dans mes décisions.
Au niveau des pertes, j’essaye bien sûr de couper en cas de cassure de points importants. Dès que je commence à perdre 10 à 20 pips, je cherche un point de sortie. Je peux m’autoriser jusqu’à 30 pips pour trouver un support ou une résistance me permettant de couper ma position, le maximum étant 50 pips. »
Ses souvenirs de "guerre" sur le Forex
Opération 1 : « Je me souviens m’être fait piéger dans une position non coupée. Je perdais 100 pips. Me fondant sur le niveau de volatilité assez important ce jour-là, j’ai renversé ma position dans l’autre sens, en doublant donc. Et j’ai gagné dans la foulée plus de 200 pips ! Cette situation m’est arrivée plusieurs fois. Sur le Forex, il ne faut jamais être contre la tendance, lorsqu’elle est présente. Et il n’est souvent pas trop tard pour prendre le train en marche. »
Opération 2 : « L’un des plus gros gains que j’ai ratés est celui relatif à l’arrestation de Saddam Hussein. C’était un dimanche soir vers 23h00. Je savais qu’il fallait acheter l’euro contre dollar, mais je n’avais pas de connection internet disponible. Rapidement, le dollar a effectivement flambé de 200 pips, puis, pendant la nuit, le soufflé est retombé. Le lendemain, il ne restait plus que 50 pips ! »
Opération 3 : « Ma plus grosse perte est un achat de la livre sterling contre dollar. L’euro montait contre dollar alors que la livre sterling stagnait littéralement. Je croyais qu’elle était en retard et qu’une hausse allait combler ce décalage anormal… jusqu’à ce que je constate que l’euro avait grimpé de 400 pips, alors que mon achat de Livre Sterling ne gagnait rien. Je fumais à l’intérieur de moi. Résultat, j’ai soldé ma position en livre sterling et j’ai shorté l’euro contre dollar en pensant qu’il était trop monté. J’ai rapidement perdu 250 pips ! Conclusion : la frustration provoque chez les humains des comportements impulsifs qui peuvent se révéler suicidaires sur les marchés financiers… »
Opération 4 : « En 2004, il a été impossible d’acheter l’euro contre dollar pendant près de 15 minutes. 200 pips de hausse en ligne droite. Je souhaitais acheter et je n’ai pas pu. M’est venue l’idée saugrenue de shorter parce que les cours étaient montés trop vite… Vous devinez la suite… j’ai perdu 150 pips rapidement ! Ma conclusion : quand quelque chose ne fonctionne pas au départ, cela créé une appel d’air aux bêtises ! »
Charles DEREEPER
PS : cette interview est issue du livre DECOUVRIR LE FOREX AUPRES DES MEILLEURS INTERVENANTS, www.edouardvalys.com
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