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Russie - Où va le rouble ?

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Je poursuis ma petite série sur l'économie de la ``zone Russie`` en ces temps troublés.

 

 

Je le fais notamment car ceci semble vous intéresser d'une part et également car c'est bien mal relayé dans nos chers médias habituels. Il est d'ailleurs  très complexe de comprendre la Russie même en y étant acteur, même en y vivant...parfois même en étant russe comme ils aiment a le dire avec un certain fatalisme.

J'adore ce pays a titre personnel, cette ambiance unique et c'est une grande partie de ma vie - de ma famille et de ma culture - et il y a véritablement la-bas des relais de croissance des plus forts mais la Russie m’inquiéterait plutôt actuellement et je ne suis pas le seul a avoir ce sentiment. Ce sentiment commence insidieusement a se répandre au sein des milieux d'affaires, surtout depuis les 4-5 derniers mois avec quelques déclencheurs financiers, comme la sale crise Biélorusse...

Le secteur bancaire va mal en Russie il faut en être bien conscient. Il va mal de facon presque chronique comme le pendant fragile et non structuré du flou habituel des décisions gouvernementales a géométrie variable, modifiées tous les trois jours. Le pays est devenu endetté, les gens sont devenus eux très endettés ( le crédit-conso a été multiplié par 7 depuis 2003 par ex) et les salaires a l'échelle globale du pays n'ont pas du tout évolué en proportion. Les surchauffes sont légion dans pas mal de domaines dont les programmes immobiliers déments des mégapoles de l'est ou des villes de zones d'exploration gaziere ou pétroliere. La surconsommation de luxe a crédit pourrait possiblement masquer des pépins en vue en s'alliant avec des signes inquiétants d'inflation galopantes sur les produits de base et la difficulté grandissante de la vie économique du peuple en régions. 
Il y a plusieurs types de Russie comme il y a de nombreux types de russes meme si il n'y qu'un seul moule de forge pour l’âme slave.

Le secteur bancaire est ainsi devenu soucieux devant la non-solvabilité non seulement de ses positions spéculatives ( presque toutes sur les commodities )  mais surtout sur la non-solvabilité de la dette de ses clients, moteur de cette folie consommatrice russe depuis 2002. Il y a aussi un vide absolu sur la capacité technique et juridique des banques a recouvrer les encours de crédit et l'on commence a en prendre conscience et avec un grand retard d'ailleurs.
 

 
Ainsi une décision étonnante vient d'étre prise par les autorités cette semaine...
Le lancement expérimental d'un programme de contrôle des fuyards non-payeurs de leurs dettes et de leurs crédits.
Un programme des plus novateurs la-bas, déjà mené a l'aéroport moscovite de Sherementievo. Deux jolies huissiers tenteront fermement d’empêcher un embarquement international de toute personne débiteur d'une banque de la fédération de Russie, en l’occurrence pour plus de 5000 roubles (128 euros). Le programme porte le doux nom `` prends conscience de tes dettes``.
Hum ...tout un symbole dont seuls les slaves ont le secret et qui a mis la puce a l'oreille de certains investisseurs ces derniers jours.




Il faut commencer a se méfier a mon avis étant aujourd'hui en haut de ce cycle ponctuel. Notez également que la monnaie russe ne se relève pas bien vite -loin s'en faut- contre le prix du baril toujours fort et surtout versus les hausses importantes des deux indices boursiers principaux: RTS et le Micex connus pour leur fort levier et leur étonnante volatilité. Sans tomber dans la panique bien entendu - nous en sommes loin - je crois que ce n'est le moment d'investir la-bas du moins a court terme ... 
Laissons donc un brin voir venir et restons simplement un peu méfiant, sachant que beaucoup des stigmates financiers et industriels de 2008 ne sont pas pansés. En cas de crise importante ( liquidités + credit crunch etc... ) la Russie sera un des pays a tomber le plus vite en termes boursiers.

Beaucoup de professionnels moscovites ont étrangement ces jours-ci évoqué le spectre de la dévaluation du rouble en cas de crise éventuelle sur les matières premières et sur le pétrole. Ceci demeure la crainte principale du gouvernement et inquiète aussi beaucoup les investisseurs et les autorités monétaires. Evoquer le simple terme de dévaluation est un traumatisme complet en Russie, la notion même étant devenue complètement taboo. Le simple fait d'en parler surprend donc ...vivement.

Ainsi je trouve captivant d'avoir vu paraître quelques articles de masse a ce sujet comme par exemple celui-ci paru dans le grand quotidien populaire ``Izvestia`` hier le 25 juillet 2011...

                                   Je vous l'ai traduit ci-dessous:





Qu'est-ce qui attend le rouble ? une dévaluation ou bien une lente descente ?


``Le dollar est tombé à cause de l'indécision de la législature américaine d'augmenter ou non le plafond de la dette nationale, et donc de sauver le pays de la défaillance technique. 
Lundi, la devise américaine contre rouble est tombée à un minimum mensuel ( 27,7 roubles).

Avec le dollar en baisse, ce qui arrive assez peu souvent, les prix du pétrole ont aussi chuté en parallèle, mettant fin à une montée de deux semaines environ à $ 118,3-118,5 baril.

Sur les matières premières, et en suivant la logique,  on devrait assister a une baisse future et donc également sur le rouble. Une bonne chose que cela ne se produise pas d'ailleurs. Mais le taux de change russe est traditionnellement très lié au prix du pétrole. Et si les matières premières décrochaient pour des problèmes de la dette alors il est envisageable de voir une baisse forte du rouble, voire une devaluation comme de nombreux économistes le prédisent déjà.

Curieusement ces prédictions ne fonctionnent pas bien. Le problème pour la Russie n'est pas de détenir une marchandise bon marché (qui ne serait pas bien utile) mais au contraire de détenir une marchandise coûteuse. Un exemple: la nette hausse et des prix élevés du pétrole ont piloté celle du rouble ; c'était moins cher alors d'importer des marchandises provenant de l'étranger que de produire localement. En conséquence, la différence entre les exportations et les importations sont en baisse constante désormais. Si les chiffres de exportation de l'année dernière ont augmenté de 31% (passant de 189,9 milliards de dollars pour $ 249,5 milliards), les importations ont aussi beaucoup augmenté de 42% (de 103,9 milliards de dollars pour $ 147,8 milliards).

L'écart peut donc augmenter aussi si le pétrole, qui est l'une des principales sources de revenus de l'étranger, devient lui moins cher.Dans ce scénario, nous aurons équilibré le budget a venir mais cette menace existe concretement pour la stabilité du rouble.

En 2011, la Russie sera en mesure d'éviter le trou de baisse vers 80 $ le baril. Selon l'économiste en chef chez Alfa Bank, Natalia Orlova, pour l'équilibre budgétaire en 2012 en raison de la hausse des coûts, il nous faudrait un cours d'au moins de 95 $ par baril.

- Seul le pétrole plus cher aidera à maintenir ici la stabilité des revenus pour notre compte d'exploitation actuel. Lorsque les prix des matières premières cessent d'augmenter, nous sommes assez vite a cours du peu de stock que nous avons et qui file si vite.Historiquement, lorsque le compte courant de la balance du commerce dans notre pays est inférieur à  10 milliards de dollars pour le trimestre (32,4 milliards de dollars au premier trimestre de 2011)  alors commence le début de la mise sous pression du rouble. Il y a ici des raisons de croire que cela se produira l'année prochaine - (cf le prévisionniste Orlov)

Une pression supplémentaire sur le rouble engendrerait alors une fuite massive des capitaux. Et bien que le taux de «fuite» de l'argent hors du pays a diminué, ces taux dépassent encore largement ceux de l'année précédente. Pour les six premiers mois de l'année 2011 on estime quand même la sortie de capitaux a près de 31 milliards.

L'économiste en chef HSBC pour la Russie et la CEI -Alexandre Morozov-a également déclaré que le rouble perd son pouvoir d'achat tant ici au pays qu'à l'étranger aussi - par la dépréciation versus les autres monnaies. Et cela même avec des prix encore élevés du pétrole.

- Il existe une tendance lourde à un affaiblissement du rouble, pas sur un mois ou un an mais une période bien plus longue. Et il note, nous avons probablement la troisième ou quatrième trimestre de cette année. Le rouble peut perdre jusqu'à 5-9% contre le dollar et l'euro - avertit l'analyste.

Est-ce à dire que la dévaluation de la monnaie russe, ce cauchemar de plusieurs millions de nos citoyens, n'est-elle pas au coin de la rue ?

Natalia Orlova, est moins critique et mesure cette analyse. Selon elle, le rouble se déprécie de 10-20% quand le pétrole moins cher sans evoquer pour autant une crise majeure... Alexandre Morozov préfère d'ailleurs également ne pas prononcer à haute voix ce mot terrifiant de «dévaluation».

- Un autre expert nous dit que la dévaluation n'est possible que lorsque il y a confinement artificiel du taux de change. Après 2008, la Banque centrale a annulé sa politique de contrôle strict des cours. Et si la cette vieille pratique ne revient pas alors la dévaluation du rouble ne se fera pas selon lui.

Mais une telle attitude pessimiste n'est pas encore partagée par tous. Selon Evgenii Filipov TeleTRADE analyste-devises, l'affaiblissement à court terme du rouble ne devrait pas être de mise. Dans les mois à venir afin de continuer l'excès de liquidité mondiale dans le contexte d'une politique monétaire souple des banques centrales du monde entier. Ainsi devrait donc se poursuivre cette tendance à la hausse des prix du pétrole et le renforcement du rouble - dit l'analyste.

En bonne logique et selon cette perspective, il propose de garder les économies en devises locales. Si vous voulez, vous pouvez vous couvrir avec des devises "refuge". Par exemple, le franc suisse.

- Euro et le dollar américain sont restés sous pression en raison de problèmes non résolus de créance de la zone euro, mais aussi en raison des ambiguïtés de la situation avec une limite de dette du gouvernement américain. 
Par conséquent, les investissements dans ces devises, sont vraiment risqués. Mais à court terme des besoins nouveaux arriveront (par exemple pour couvrir les prêts émis en devises étrangères) et le dollar est plus préférable a acheter sur ses niveaux actuels: un taux optimal désormais car la devise américaine a bien diminué contre toutes les principales paires de devises - selon les analystes ``



 
Vous avez en outre un ETF russie lyxor - code RUS - FR0010326140 -  qui vous permet de suivre -ou de jouer- les deux indices moscovites... 
 
 
Pascal Vinosoft
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