Samuel Rondot : Contrôler la finance implique des compétences techniques que les autorités n’ont pas les moyens de se payer...
Vous avez vu ? Un illuminé qui fait partir en fumée 20 millions d'euros appartenant à 3000 petits épargnants.
Je ne vais pas vous refaire l'histoire en entier, les médias ne vont pas tarder à s'en saisir.
En bref, celui qui semble être un illuminé s'est un jour inventé banquier pour aider les entreprises qui n'arrivaient pas à obtenir de prêt de leur banque, en convaincant des particuliers d'investir dans sa coopérative pour toucher 6% de rendement garanti et prêter ainsi cet argent à ces entreprises.
Le pire c'est que sans être entré dans le détail, j'ai l'intime conviction que cet homme était probablement sincère dans ses intentions mais qu'il a fait « du grand n'importe quoi » comme dirait ma fille.
Le premier réflexe c'est de se dire mais que fait la police !?!
Qui qu'elle soit, l'Amf, le Cecei, l'autorité censée superviser cette activité n'a (encore) rien fait. En tout cas, jusqu'à preuve du contraire.
A titre personnel, je n'ai pas du tout envie de taper sur ce bonhomme si vraiment il s’avère être juste un illuminé, pas plus que je n’ai envie de taper sur les organismes de contrôle qui font vraiment ce qu'ils peuvent avec leurs moyens.
Je n'ai fait qu'une petite partie de ma carrière professionnelle en France, mais plusieurs choses m'ont marquées lors de mes courtes rencontres avec les organismes de contrôle.
D'abord, la fréquence très faible à laquelle je croisais les organismes chargés de nous contrôler. Soit ils font leur travail dans l'ombre soit, ce que je crois, ils ne font que ce qu'ils peuvent quand un dossier leur tombe sous le nez.
Ensuite, leur manque de formation. Aucunes critiques à l'attention des personnes mais juste de l'institution, vous demanderiez à une caissière de supermarché de faire votre déclaration d'impôts ?
Je n'en veux absolument pas aux caissières et je ne compare pas le personnel des organismes de contrôle avec le niveau de celui des caissières, c'est juste une image.
Mais je dois avouer que lorsque j'ai discuté avec nos institutions pour obtenir des agréments, ou lors de contrôles (réguliers), j'ai souvent eu la désagréable sensation que je devais faire les questions et les réponses.
Et pour finir, leur attitude extrêmement cavalière : quand on est contacté, on est forcement coupable.
Mon sentiment est que la police (dans notre métier puisque je ne suis pas compétent pour le reste) fait vraiment ce qu'elle peut avec ce qu'elle a.
Ca ne vous rappellerait pas la fronde des magistrats par hasard ?
Alors, Monsieur Sarkozy, vous en voulez une bonne idée ?
Au lieu de proposer une taxe à dormir debout sur les transactions qui n'aura que l'effet inverse de ce que vous souhaitez, au lieu de jeter la pierre sur un problème de responsabilité de ceux qui auraient dû empêcher un tel accident (tellement moins tragique que le décès dont vous vous êtes accaparé), vous ne voudriez pas avoir une vraie bonne idée pour votre G20 ?
La finance a toutes les règles dont elle a besoin pour être régulée, probablement même un peu trop.
Pourquoi ne pas imposer que les revenus de la finance contribuent de manière généreuse et significative au contrôle et au suivi de ladite activité financière ?
Peut être que cela permettrait d'avoir une chaîne de contrôle des traders qui comprennent ce que font leurs employés ?
Peut être que les organismes de contrôle pourront travailler de manière pro active sans avoir à attendre les plaintes et les drames ?
Peut être que les grosses têtes auront autant envie de travailler dans les départements qui créent les profits que dans ceux qui les contrôlent si jamais les rémunérations sont comparables ?
Ah oui j'oubliais, c'est pas français de trouver des idées, il vaut mieux créer des lois et des taxes !
Samuel RONDOT
Directeur de www.bestcfd.com (courtier CFD offrant un spread de 1 point sur le CAC 40) et de www.samuelrondot.com (vente de stratégies boursières automatisées)
Vous souhaitez lire d'autres articles de "Samuel RONDOT"
Vous souhaitez être averti par email quand Samuel RONDOT publie un nouvel article
Le 18 février 2011 par : pavdu69
Tout à fait véridique dans l’absolu, mais l’Etat a largement les moyens de se payer les compétences techniques pour contrôler la finance (puisqu’il crée l’argent), simplement dans ces hautes sphères de la finance, Etats et banques privées roulent ensemble et ils n’ont aucun intérêt à réguler leur système, pour eux cela reviendrait à brider leur bonne marche, et donc leurs profits.
Le 18 février 2011 par : Sinclair
Très juste.
C’est la même histoire aux US avec les agences de notation ou la SEC dont les employés sont réputés être les pauvres types qui n’ont pas pu bosser pour les grandes banques d’affaires, les moins compétents du panier donc, payés 100 fois moins et chargés de contrôler les innovations de leurs camarades plus brillants...
Le 18 février 2011 par : Sacha POUGET
Bonjour Samuel,
je suis tout à fait d’accord avec toi. La crise a été une occasion ratée pour les gendarmes de la Bourse de recruter des traders qui connaissent parfaitement la Finance.
En revanche, bien entendu, il aurait fallu allonger les chèques. Cela aurait coûté cher. Et je ne suis pas sûre que le message soit bien passé auprès de l’opinion publique. ça aurait pourtant été la meilleur manière pour "moraliser le capitalisme" comme l’a affirmé le président Sarkozy...
"Mainstreet" n’aurait certainement pas voulu entendre parler de cette trop coûteuse réglementation. Pourtant, l’opinion publique est-elle bien consciente que les bonus sont repartis de plus belle ?
Le 18 février 2011 par : Vincent BENARD
Le problème n’est pas propre à la France. (sur ob’eco) : affaire Maddoff, les régulateurs n’ont rien vu venir
L’analyse du trader privé qui avait "flairé" Maddoff dès 2000 est sans pitié : la SEC recrute dans les fonds de tiroirs, et même si par miracle elle recrute un bon, le fait de ne plus être au contact des "innovations" de la finance et de la truanderie le pousse hors jeu en quelques années.
Le 18 février 2011 par : Charles DEREEPER
Vu que le ministres et président de la république sont payés entre 10 et 25.000 euros par mois, hors malettes au black, je doute que pavdu69 ait raison. L’Etat n’a pas les moyens de se payer un spécialiste de la finance qui coûte au bas mot entre 30 à 75.000 euros par mois. Je ne vois pas un policier gagner plus que son président. c’est inconcevable en France. Avec 15 à 20.000 euros par mois, on ne trouve pas des flèches. n’importe quel trader basique (et j’en suis un médiocre) parvient à ces rémunérations. Je suis pourtant bien incapable de comprendre les produits structurés ou la modélisation des subprimes ou encore ls spéculation effrénée dans l’arbitrage sur les défauts de paiement du crédit hypothécaire US. Comme vous le dites, tout le monde marche main dans la main entre régulateurs et banquiers. Espérer un changement nécessite une énorme dose d’aveuglement.
Le 19 février 2011 par : Sacha POUGET
on est tous d’accord sur ça alors. Pour résumer, voila ce que disait Nicole El Karoui, professeure à Paris VI qui a formé des dizaines de futurs traders, lors d’une audition par une commission de l’Assemblée Nationale début 2011 (extrait de Challenges) :
L’Autorité de contrôle prudentiel ne dispose pas de moyens suffisants. Le personnel n’est ni assez nombreux ni assez renouvelé pour suivre l’évolution du marché. » Cette professeure de mathématiques au look de mamie, qui a formé près d’un millier de traders, a impressionné par sa franchise. « Au lendemain de la crise, quand beaucoup de gens se sont demandé ce qu’ils faisaient dans la finance, sans doute la commission bancaire aurait-elle dû essayer de les faire venir, car on surveille toujours mieux ce que l’on connaît de l’intérieur », a-t-elle expliqué. « Vous proposez d’embaucher des voleurs pour supprimer le vol ? » demande Henri Emmanuelli, un brin moqueur. « Pas question de réduire l’activité de marché à un vol organisé », répond Nicole El Karoui. Elle n’est pas prête à remettre en cause l’enseignement qu’elle a prodigué aux polytechniciens ou centraliens choisissant la finance plutôt que l’industrie ou la recherche, ce qui lui a valu d’être accusée de « détournement de cerveaux ». « Il existe aujourd’hui un potentiel humain important dans la régulation du système », affirme-t-elle, sans mentionner qu’il faudrait payer les gendarmes comme les traders pour que cela fonctionne. Après tout, les députés ne lui ont pas posé la question.
Source : Challenges, 27.01.2011 : http://www.challenges.fr/magazine/coulisses/0241.033847/la_finance_explique__mon_dput.html
