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Sacha Pouget : Pourquoi des Bénéfices "au-dessus des attentes" ne signifient absolument rien !

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(article du 3 septembre 2011)

J’ai publié le 4 Septembre 2010 un article intitulé « Analyste financier, une mascarade généralisée ». En Mai 2011, je relativisais cette position en relevant que certaines fois les analystes visaient juste. Je connais bien ce domaine, puisque je travaille pour un courtier parisien. Ce qui ne m'empêche pas d'être Objectif et surtout de manifester un esprit indépendant.

 

J'ai donc été amené à écrire cet article après avoir fait l'observation qu'aujourd'hui, force est de constater que les consensus des analystes financiers sur les Bénéfices futurs des sociétés cotées sont volontairement sous-estimés.

 

Pour appuyer ma démonstration j'utiliserai deux publications :


-les Estimations des Bénéfices des analystes (on prendra en considération les Consensus et on les comparera aux Bénéfices publiés),

-et la répartition des recommandations des analystes (avis à l' Achat, à Conserver et à la Vente).

 

  • Estimations des Bénéfices des analystes : des Consensus irréalistes
 
 
Sur un panel des 500 plus grosses sociétés cotées américaines, plus de 50% ont publié des bénéfices ayant dépassé le consensus des analystes (au cours des 50 derniers trimestres soit sur les 12 dernières années).
 
 
Ainsi, le consensus des analystes est dans la grande majorité des cas inférieur aux chiffres publiés :
 
 
Source : Gobal Economic – Barry Ritholtz - 17/08/2011 - Consensus utilisés : Bloomberg
 
 
 
La dernière fois que les sociétés n'ont pas dépassé les estimations des analystes aura été au Troisième trimestre de 1998 (juste en-dessous des 50%, à 49%). Depuis, les analystes ont toujours sous estimé leurs prévisions de bénéfices.
 
Ainsi, les entreprises « battent » la plupart du temps les attentes du marché. La presse économique jubile. Les dirigeants des sociétés cotées s’auto-congratulent. Le marché applaudit. Et les courtiers sabrent le Champagne. 
 
Tout le monde est heureux. Ce schéma s'applique même dans des marchés difficils. Au plus fort des crises, lorsque les revenus sont sous pression et que les bénéfices s'effondrent, ce mècanisme fonctionne aussi très bien. Exemple : au troisième trimestre de 2008, soit au plus fort de la crise des subprimes (sauvetage AIG, faillite de Lehman, renflouement de Fannie Mae...), 58% des 500 plus grosses entreprises américaines ont publié des bénéfices supèrieurs aux attentes.
 
 
 
Sur le Graphique suivant, on assiste au même constat :

 
 
Source : News To Use / Août 2011
 
 
 
On se rend compte là aussi que sur les 11 dernières années (depuis 2000 soit 45 trimestres), la majorité des sociétés qui publiaient leurs résultats ont battu les estimations des analystes. Pour 35 prévisions des analystes sur les 45 derniers trimestres, plus de 60% des sociétés qui publiaient leurs résultats ont battu le consensus. On a même des Pics au-dessus de 70% (à 4 reprises sur les 45 derniers trimestres).
 
 
 
De manière récurrente, trimestre après trimestre, la grande majorité des sociétés qui publient leurs résultats battent le consensus des analystes. On pourrait avancer que les analystes pêchent par un excès de retenue (qu'on pourrait qualifier de pessimisme). Mais on va constater que cet argument ne tient pas, puisque les recommandations des analystes sont massivement portées à l' Achat - ou à Conserver.
 
 
  • Recommandations des analystes : 86% à ACHETER /CONSERVER ... 14% à VENDRE
 
 
 
La Recherche académique sur les recommandations des analystes a montré que les courtiers sont à 90% à ACHETER /CONSERVER... pour 10% seulement à VENDRE (source : Etude « Value of Analyst Recommendations : International Evidence »).
 
En fait, ce n'est pas étonnant puisque le model économique d’un courtier est de conseiller ses clients et de se rémunérer au passage avec des commissions. A cela, il ne fait aucun doute qu’un analyste qui conseillera un titre à l'achat aura le potentiel de générer davantage de commissions de courtage que s’il conseille un titre à la Vente (conseiller un titre à la vente est sans grand intérêt, hormis faire le jeu des fonds spéculatifs).
 
L’intention d’un courtier de se mettre à l’achat est donc simple : les investisseurs sont susceptibles dans ce cas d'acheter des titres à de nombreuses reprises. Une vraie manne providentielle. Et perpètuelle.
 
Dans le même temps, les clients des courtiers auront alors davantage besoin d'informations et de conseils dès lors qu'ils tiennent une position. A l'évidence, on ne pourra pas en dire autant pour les conseils à la Vente.
 
 
Ainsi, cette fois-ci, les analystes démontrent leur excés d'optimisme. Tout le contraire de ce qu'on pouvait constater à travers le consensus sous estimé (pessimiste) des Bénéfices.
 
 
 
 
  • Conclusion
 
En fin de compte, retenez qu' une société cotée qui publie des résultats « au-dessus des attentes » ne signifie absolument rien puisque c’est la norme. On comprend dès lors pourquoi le marché s'accorde à retenir les perspectives des sociétés plutôt que les chiffres publiés.
 
 
Warren Buffett a dit un jour :
 
 
" Vous n'avez pas raison parce que d'autres sont d'accord avec vous. Vous avez raison parce que vos faits sont exacts et que votre raisonnement est juste ".
 
 
Les analystes feraient bien de suivre cette "recommandation"...
 
 
Sacha Pouget



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Commentaires

Le 4 septembre 2011 par : Grégor

Bonjour,

En fait, au vu de votre argumentaire, la sous estimation des analystes en ce qui concerne les bénéfices futurs des sociétés est en cohérence avec des recommandations très majoritairement à l’achat de ces mêmes analystes.

Je m’explique. Le fait que les sociétés battent régulièrement les estimations de bénéfices ( qui seraient sous évaluées ) permet de justifier à postériori les recommandations en grande majorité à l’achat.

Cordialement


Le 4 septembre 2011 par : Sacha POUGET

Bonjour Grégor,

dans cet article, le lien entre le maintien d’un consensus peu élevé et les recommandations à l’achat a été établi :

- une SOUS ESTIMATION des Bénéfices des sociétés entraîne une SOUS VALORISATION, ce qui permet de justifier les Recommandations à l’ ACHAT des analystes.

Cette situation tend à penser que les consensus sont à des niveaux artificiels (faibles) pour faire apparaître un Discount sur une société, et donc de conseiller une prise de position à l’Achat.

Maintenant, sachant que parfois le Consensus est établi par plus de 30 analystes (Large caps), toute la question est de savoir comment ce Consensus est maintenu à des niveaux très bas et de manière artificielle ?

J’ai ma réponse : pour moi, les IR (investor relations) des sociétés cotées passent le mot aux analystes en leur communicant une fourchette basse…

A suivre !

Cdt,sacha


Le 4 septembre 2011 par : ernest07

Je ne vois pas comment des publications gratuites pourraient être sincères. Il faut toujours regarder qui paie quoi.

On a le même débat avec les agences de notations.

Et aussi avec les statistiques de l’INSEE. Le gouvernement préfère afficher une croissance un peu plus haute.

Il y aussi des analyses privés, par définition on ne les connait pas.

On peut aussi manipuler les analyses sans que l’analyste ne le sâche. Il suffit d’agir un peu sur les variables d’entrée. Ex les taux LT.


L'auteur
Sacha POUGET

Professionnel de la finance de marchés. Passionné par la Biotech, le secteur de la santé et celui du vieillissement des populations occidentales.

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