Les boursicoteurs contre les initiés
J’ai discuté il y a quelque temps avec un ami, cadre dirigeant d’une société de trading de matières premières, Louis Dreyfus. Nous étudions ensemble la possibilité d’exercer l'activité à notre compte. Après tout, en quoi consiste le métier ? Obtenir des informations avant les autres, puis arbitrer, c’est à dire vendre ou acheter au bon moment. Sur le papier, c’est assez simple.
Mon ami a patiemment répondu à mes questions, m’a regardé longtemps en souriant, puis a rendu son verdict : impossible à faire.
Toute décision d’arbitrage se prend après consultation d’une dizaine d’intervenants internes répartis à travers le monde qui divulguent des informations de première main. Ne peut-on pas tout de même obtenir ces dépêches sans s’appeler Louis Dreyfus ? Ne peut-on pas sous-traiter ce poste auprès de cabinets spécialisés ?
Non, car l’information est bonne « au cul de la vache », l’expression est de lui. Pour avoir une information « au cul de la vache », il faut posséder le champ, la ligne de chemin de fer et l’usine qui concasse le grain. Et cela, seul Louis Dreyfus peut le faire.
J’ai alors consulté la taille des sociétés profitables de trading, et la corrélation saute aux yeux : plus gros je suis, meilleure devient ma profitabilité, évidemment grâce à la qualité de mes arbitrages. En trading, l’union fait la force.
Le petit porteur que je suis a du souci à ce faire. En pratique, le seul et unique domaine où un trader solitaire comme vous et moi peut jouer à armes égales et faire fonctionner sa capacité d’analyse sans être pénalisé par sa petite taille est l’analyse de bilan. Un bilan d’entreprise est public, tout le monde a le même, et on peut soi-même prendre sa voiture, aller voir le dirigeant et se faire une idée. C’est pourquoi les meilleurs investisseurs du monde demeurent de petites structures. C’est pourquoi de simples particuliers parviennent parfois à des résultats spectaculaires.
