Charles Dereeper : Trader - le job dénigré que personne ne comprend en réalité ! Démonstration...
Il ne viendrait à personne en France l'idée d'appeler les joueurs de tennis, des joueurs de raquette et de balle, au même titre que le ping pong ou le badminton. Pire, personne ne s'adresserait à un joueur de tennis en l'appelant joueur de badminton. Ce serait considéré comme très bizarre dans les conversations...
Figurez vous que c'est pourtant le petit jeu hallucinant auquel se livre la très grande majorité des français (et aussi les médias ou les responsables politiques), et même bien au delà des frontières de notre pays, qui confond le métier de trader avec celui de banquier d'affaires.
Dans une banque d'affaire, vous avez des spécialistes :
1 - des produits structurés (les machins foireux que des millions de crétins ont acheté, basés sur la dette des particuliers américains qui achètent des maisons sans avoir de thunes pour payer. Dans les conversations pros, il faut utiliser le mot TITRISATION)
2 - des fusions et acquisitions (quand une entreprise veut en manger une autre...)
3 - du courtage (combien de brokers se font appeler pompeusement traders ?
4 - de l'arbitrage (entre contrats futurs et cash, entre différents marchés, entre différentes places de marché...)
5 - du market making (options, actions, CFD, Forex...)
6 - du marché primaire des actions (introduction en bourse) ou des taux (placements d'oblig d'état, d'entreprises...)
7 - de la gestion d'actifs (les sicav pour grand pères qui ont envie de se faire plumer...)
8 - du financement d'opérations (LBO, capital risque...)
9- et enfin, du trading...
Le métier de trader consiste à utiliser un montant de cash, 1 million, 5 millions, 20 millions d'euros, pour faire des paris sur les marchés financiers, en cherchant à anticiper l'avenir correctement et profiter de mouvements sur les prix, tout en respectant généralement une limite de risque (pas le droit de perdre plus de 5 milliards d'euros... !).
Le trader fait partie de la banque d'affaires, mais il n'a absolument rien à voir avec la crise financière en cours.
En outre, je tiens à préciser que cela me heurte que tout le monde appelle trader, les différents métiers de la banque d'affaires. C'est leur faire trop d'honneur.
Prenons un exemple. Beaucoup d'individus munis d'un certain nombre de neurones sont capables de jouer aux banquiers d'affaires, c'est à dire exercer des services ou créer des produits foireux et savoir les vendre à un maximum de pigeons. Goldman Sachs a participé aux produits de titrisation tout en se couvrant sur les CDS dès le départ. Ils savaient donc que leurs produits étaient merdiques. Les pigeons ont acheté et ils ont raflé la mise en se mettant en face. Cela ne me dérange pas (les pigeons ont une fonction dans le système économique), si ce n'est que ces banquiers se fassent passer pour des traders.
Le trader exerce un métier noble. Il n'y a pas de mensonges possibles dans ce domaine. Le résultat tombe comme un couperet. On est bon ou mauvais. L'observation des statistiques montrent que seuls 1% des intervenants en trading sont bons et 99% disparaissent.
Que les choses soient claires : la grande majorité des banquiers d'affaires gagne très bien sa vie. Certains sont propres. D'autres non. MAIS CE NE SERONT JAMAIS DES TRADERS. Ils sont parfaitement incapable d'exercer avec succès cette activité. Alors que des traders peuvent migrer sans souci vers les autres métiers techniques de la banque d'affaires. L'explication tient en une phrase : il faut bien plus que de l'intelligence rationnelle pour être un bon trader. Il faut de l'intelligence de soi même. La plupart des gens intelligents sont très mal à l'aise avec leurs petits défauts émotionnels qui les font tourner en bourrique... Ils préfèrent détourner le regard vers d'autres réjouissances...
Le quotidien d'un trader consiste à regarder un écran d'ordinateur, à se nourrir de statistiques et à réfléchir sur l'avenir. Ensuite, c'est là où cela se gâte pour la majorité, il faut réaliser ses paris en prenant des positions. Ce que les observateurs ne saisissent à peu près JAMAIS, c'est qu'à ce moment précis du process du métier de trader, entre en jeu la nature humaine. Rares sont les esprits rationnels à parvenir à dealer avec. C'est justement tout l'intérêt du trading, au delà de l'argent que de pouvoir surmonter ses difficultés intérieurs et aller au delà. Le trader n'a donc aucun contact avec des clients, à part les pourvoyeurs de pognon. Le trader de base n'a aucun impact sur le monde, à part les gros qui manipulent un peu les marchés.
Mais, Jérôme Kerviel, Nick Leeson et les autres, ont montré que même avec des milliards, on ne peut pas manipuler durablement un marché si on a tort. Le seul intervenant à ce jour capable de le faire s'appelle la FED. Elle orchestre à l'aide d'une politique monétaire adéquate, à peu près tout ce qu'elle veut dans la sphère financière.
Vous êtes 4 - 5000 visiteurs à lire chaque jour Objectifeco. Si vous au moins, pouviez arrêter de propager cette ânerie et rappeler à tout le monde que l'Irlande ou les USA sont à genoux à cause des banquiers d'affaires et non des traders, ce serait un petit pas vers un semblant de réalisme. Le trader est bien un métier et non un concept fourre tout qui permet de canaliser la colère du bas peuple aveuglé.
Enfin, en ouvrant les yeux sur les enjeux du trading, cela permettrait à chacun de saisir à quel point il est difficile d'oeuvrer et de se confronter à nos limites intérieures d'humains. Parmi les 3 cerveaux les plus exceptionnels que j'ai rencontré, le premier était psy et les deux autres étaient des traders. Il faut être inactif ou adepte du mensonge à soi même, pour ne pas voir toute la difficulté que doit gérer le trader discrétionnaire. Et il faut être bien médiocre pour ne pas respecter ce combat. Se fuir ou se découvrir, chacun choisit son camps. Pour ma part, vous l'aurez deviné, je ne suis pas tendre avec les fuyards...
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Le 23 novembre 2010 par : Sinclair
Merci pour cette précision sur les différentes spécialités.
Plusieurs thèmes dans ce long billet. J’y répondrai en plusieurs étapes.
1) Trader = bouc-émissaire
Il est tout à fait exact que les traders font office de bouc-émissaire dans cette crise alors qu’il sont très loin d’en être les principaux responsables, et même pas du tout en ce qui concerne la partie purement subprimes.
Les banquiers d’affaires, certains d’entre eux du moins, étaient en revanche bien en première ligne dans le système des subprimes. On peut également citer les politiciens qui ont voté des lois aussi permissives sur le crédit, les entrepreneurs qui ont montés le sociétés subprimes et titrisé les dettes, les agences de notation qui notaient des trucs qu’elles ne comprenaient pas pour faire du CA, les médias sourds et aveugles, les braves américains qui trouvaient ça normal de pouvoir emprunter 750.000 $ avec un revenu annuel de 15.000 $, et d’autres encore.
2) Les qualités du trader
"il faut bien plus que de l’intelligence rationnelle pour être un bon trader. Il faut de l’intelligence de soi même ? [...] C’est justement tout l’intérêt du trading [...] que de pouvoir surmonter ses difficultés intérieurs et aller au delà."
Oui un brillant trader possède des qualités très particulières et oui, ces qualités de connaissance de soi (step 1), d’acceptation de soi (step 2) et de maîtrise de soi (step 3) sont rares et remarquables. Certes, mais les meilleurs dans chaque métier n’ont-ils pas tous des qualités aussi rares et remarquables ?
3) La noblesse du métier
"Le trader exerce un métier noble". De la part d’un trader, c’est logique et légitime de voir les aspects les plus positifs du métier, et c’est aussi logique de rationaliser ses propres choix en enjolivant le tableau (un biais cognitif avec lequel les gens ont aussi beaucoup de mal à dealer).
Noblesse. Mais selon quels critères ? De mon point de vue, et c’est très personnel, j’associerais à la grandeur d’un métier non seulement le talent requis pour l’exercer, mais aussi son apport au monde, son utilité sociale.
Or au mieux, "le trader de base n’a aucun impact sur le monde, à part les gros qui manipulent un peu les marchés."
Au pire, le trader utilise l’asymétrie de connaissance (il connait les biais du Marché, voire les provoque) pour jouer avec levier de l’argent qu’on lui prête afin de ponctionner in fine une "taxe" sur les flux financiers.
"Le trader de base n’a aucun impact sur le monde", à part :
les bonus mirobolants pour les cadors,
les chocs financiers quand ça déraille (Kerviel et bien d’autres)
J’ajouterai tout de même que la spéculation, catégorie qui englobe le trading, est vieille comme le monde, qu’elle existera toujours, mais que ses effets délétères peuvent être réduits par des législations adéquates.
4) Connaissance de soi
"Se fuir ou se découvrir, chacun choisit son camps. Pour ma part, vous l’aurez deviné, je ne suis pas tendre avec les fuyards"
C’est en effet un thème qui revient dans vos billets : force, combat, se confronter, médiocre, fuyard, assisté, etc. Je ne sais pas si vous vous rendez compte à quel point cela biaise vos analyses. Vous qui revendiquez la connaissance de soi, avez vous déjà travaillé pour comprendre la source de vos croyances et la construction de votre personnalité ?
"[...] je ne suis pas tendre avec les fuyards..."
La compassion et le non-jugement sont aussi des possibilités.
Le 23 novembre 2010 par : Charles DEREEPER
Compassion, la France en a fait son business principal. J’ai quitté le navire... Je suis contre. RDV dans dix ans. Nous verrons si la compassion et la baisse du pouvoir d’achat font bon ménage.
Pour répondre à votre autre interrogation, je suis très fortement convaincu que le contact à la réalité est une question prioritaire. La folie est très proche dès lors qu’on commence à fuir pour ne pas voir la réalité. Il a été mis en évidence récemment que nous passons en moyenne environ 30% déconnecté de la réalité. ceux qui sont à 50% sont très souvent en état de dépression... ce qui confirme ma croyance que la fuite rapporte très peu !
La noblesse du trading vient du fait que ce job force les humains à se regarder en face. Le déni signifie la mort financière très rapide. Le trading ne sert pas à grand chose sur un plan collectif. Son seul intérêt est à l’échelle de l’individu. C’est médical. Il faudrait qu’il soit remboursé par la sécu...
enfin, je suis bien plus entrepreneur que trader... donc à nouveau pas d’accord avec votre jugement.
Le 23 novembre 2010 par : Sinclair
"Compassion, la France en a fait son business principal."
Vous devez confondre avec autre chose. La bureaucratie ne dispense pas de compassion.
Je parlais d’une attitude personnelle et désintéressée, qui est au delà des besoins de l’ego de conflit, de jugement, de fuite, de déni, de vengence, de raillerie, d’orgueil ou que sais-je encore.
"Il a été mis en évidence récemment que nous passons en moyenne environ 30% déconnecté de la réalité. ceux qui sont à 50% sont très souvent en état de dépression... ce qui confirme ma croyance que la fuite rapporte très peu !"
Je crois que ces mécanismes de déconnexion sont largement inconscients. La notion de fuite n’est pas forcément adaptée. On connait d’ailleurs très mal les causes de la dépression et la déconnexion est alors peut-être plus un effet qu’une cause.
Et oui, je vous rejoins pour dire que la connexion à la réalité est une priorité. C’est même l’objet de certaines voies de développement personnel.
"La noblesse du trading vient du fait que ce job force les humains à se regarder en face. Le déni signifie la mort financière très rapide."
Vu comme ça, ok.
"Le trading ne sert pas à grand chose sur un plan collectif. Son seul intérêt est à l’échelle de l’individu. C’est médical. Il faudrait qu’il soit remboursé par la sécu..."
On doit aussi pouvoir obtenir les mêmes bénéfices par d’autres voies (le zen par exemple). Les thérapies par le trading ça risque de coûter cher au tarif Kerviel, et puis la sécu comme hedge fund...
Et puis la connexion à la réalité derrière un ordi sans contact avec les gens, ça doit être une réalité assez spécifique, un faisceau étroit.
"enfin, je suis bien plus entrepreneur que trader... donc à nouveau pas d’accord avec votre jugement."
J’ai pas compris le lien.
