Analyse émotionnelle de la contre tendance
(article du 11 décembre 2009)
En contre tendance, on va privilégier un marché qui ne sait pas ou il va. Plus encore, on va chercher des actifs dont le prix s’est éloigné de ce point d’équilibre (dans une période de tergiversation). On va essayer de profiter de cette période de doute du marché pour travailler un retour de ce prix vers sa zone d’équilibre.
Les accélérations de marché sont bien plus rares que les phases de congestion. En conséquence, il est plus naturel pour un trader de chercher à profiter de ces périodes de doutes (plus fréquentes) que de ces accélérations.
Comme ces périodes de doutes sont bien plus fréquentes, elles permettent au trader de soigner son taux de réussite. Cela flatte l’ego en plus, encore un argument qui rend ce trading encore plus tentant.
C’est certainement ce qui explique que plus de 90% des traders particuliers font un trading de type contre tendance.
Pourtant à y regarder de près, même si le taux de réussite des opérations une fois clôturé est important, le trading n’est pas si confortable psychologiquement que cela car il sera impossible d’acheter au plus bas et de vendre au plus haut à chaque fois. Cela implique que chaque trade débute par une période de frustration et se termine de même. Quand on achète sur un seuil qu’on pense être le plus bas et que le marché continue de descendre, pendant toute cette phase qui va confirmer ou infirmer le trade ou la position est perdante en attendant que le prix repasse au dessus de celui sur lequel on est intervenu, la psychologie du trader est mise à mal.
En fait, par curiosité, j’ai pris quelques comptes gagnants sur quelques semaines pour observer le temps passé en gain ou en perte lors des trades et les résultats sont plus qu’étonnant. Les traders de contre tendance passent prêt de 90% du temps à perdre de l’argent.
Je suis d’ailleurs certain en les observant que c’est cette frustration de rester en perte aussi longtemps qui les empêche de conserver leurs positions plus longtemps pour essayer de gagner plus. Une fois qu’ils ont retrouvé le prix sur lequel ils sont intervenus, ils ne tarderont pas à couper leurs positions avec un petit gain. On sent vraiment le soulagement, du genre : j’ai passé tellement de temps avec cette position en perte qu’il est hors de question qu’elle y retourne. Et dès que le marché menace leurs frêles gains si longuement acquis, ils s’empressent de couper alors que souvent, c’est enfin le mouvement qu’ils ont attendu si longtemps.
Paradoxal non ?
On observe facilement que cette frustration qui naît de cette sortie prématurée et de l’observation du marché qui va poursuivre au moins un temps dans le sens qu’ils ont tant espéré est aussi à l’origine de nombreuses erreurs.
La manifestation la plus évidente se voit souvent lorsque ces traders finissent par entrer dans le mouvement qu’il avait joué à l’origine après en être sorti avec un tout petit gain alors que le marché leur a donné raison. Mais ils ont trop attendu et le potentiel qu’il avait souvent diagnostiqué correctement a quasiment disparu et il se trouve coincé dans un trade qu’ils n’ont pas vraiment réfléchi, qui ne correspond pas vraiment à aucune logique et qu’ils ont déclenché par dépit.
Les traders sont émotions !
Le trading de contre tendance est probablement plus fréquent (en terme de période propice), plus gratifiant (grâce au taux de réussite important), plus naturel (on a tous un penchant à vouloir faire des bonnes affaires en achetant un actif dont le prix recule) mais sa réalisation (pendant le trade) est probablement beaucoup plus difficile psychologiquement que le trading en tendance.
Samuel RONDOT
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