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Loïc Abadie : Un CAC à 3 chiffres, vision délirante, vraiment ?

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(article du 15 août 2010)

Au delà d'indicateurs classiques (PER et rendement) que j'ai déjà évoqués ici, il est temps de faire un point sur la valorisation boursière des sociétés par rapport à leur « book value », c'est à dire à leurs capitaux propres.

Il y a deux façons de faire :

  1. Comparer la capitalisation boursière aux capitaux propres totaux, en incluant les éléments non tangibles (écarts d'acquisition et actifs incorporels).

  2. comparer la capitalisation boursière à l'actif net tangible (capitaux propres – écarts d'acquisition et actifs incorporels).

Voici l'état des lieux pour le CAC40 à la mi-août, avec les données comptables de fin 2009 (source : bilans simplifiés de MSN finances) et un cours du CAC à 3610 points :

Capitalisation du CAC : 897,31 milliards d'€

capitaux propres  des sociétés du CAC (part du groupe) : 679,48 M€

capitaux propres tangibles du CAC40 : 300,08 milliards d'€ (les sociétés ayant un actif net tangible négatif ont été comptées à 0)

Première constatation :

Une part considérable des capitaux propres du CAC est formée d'éléments intangibles : elle atteint 63% sans correction, et 59% en appliquant la correction sur les sociétés ayant un actif net tangible négatif. Ricol Lasteyrie trouve même un ratio de 69% d'actifs incorporels dans sa dernière étude.

Par ailleurs 14 sociétés sur 40 ont un actif net tangible négatif.

Deuxième constatation :

Cette part croissante des actifs incorporels semble entièrement associée aux décennies de bulles que nous avons connu.

Sur le SP500, la part des actifs intangibles n'était que de 17% en 1975, contre 81% en 2009 (source : Ocean Tomo).


Fait inquiétant : le gros des actifs incorporels ne vient pas de brevets qui pourraient présenter une réelle valeur, mais des écarts d'acquisition (40% des capitaux propres totaux du CAC) : Les sociétés du CAC ont réalisé des acquisitions bien au dessus de leur valeur comptable au cours de la période euphorique d'avant-crise, et comptabilisent cela en « capitaux propres » !

Venons en maintenant au ratio « price / book value » :

historiquement, les points bas de ce ratio (qui signalent un marché peu valorisé et une opportunité d'achat à long terme sont à 0,8-0,9 pour les grandes crises, et autour de 1 dans les autres cas.

Le ratio price / book du CAC est aujourd'hui de 1,32.

A première vue, cela semble tout à fait raisonnable, et limite le potentiel de baisse du CAC (un ratio très « dur » de 0,8 donnerait un plancher absolu à 2188 pour le CAC).

Le problème est qu'aujourd'hui les actifs incorporels, plus que douteux en situation de crise, représentent près des 2/3 du total, alors que dans les décennies passées, l'essentiel des capitaux propres étaient formés d'actifs tangibles et réels.

Nous devons donc nous intéresser à un autre ratio, bien plus significatif :

le ratio price / tangible book value (capitalisation / actif net tangible), qui prend en compte les seuls actifs tangibles des sociétés.

Sur les actions US, ce ratio a oscillé entre 1 et 2,2 jusqu'au début des années 90 (opportunités d'achat au voisinage de 1), mais a été beaucoup plus bas durant la crise des années 30. Au point bas de mars 2009, il était encore à 3 (graphique ci-dessous), donc largement au dessus de sa normale historique !

 

(source : miller's musings, empirical data)

Pour le CAC, il est également de 3 (2,99 exactement) aujourd'hui.

Un ratio price / tangible book value de 1 supposerait un CAC à 1200 points, et un ratio de 0,8 (excès de pessimisme en situation de grande crise) donnerait un CAC à 966 points.

Supposons maintenant qu'une situation de forte récession fasse son retour (hypothèse que je considère toujours comme assez probable pour les raisons longuement détaillées sur le blog tropicalbear).

Nos banques, à leverage ratio de 20 ou plus se trouveraient de nouveau en grande difficulté, comme elles l'avaient été en 2008-2009, et verraient leurs capitaux propres se rapprocher de 0 assez vite (avant d'être renflouées sans doute par l'état via de fortes dilutions).

Supposons par exemple une baisse de leurs capitaux propres de 75% (Avec un leverage ratio de 20, il suffit pour cela que les banques subissent 3,5% de pertes sur leurs actifs, ce qui n'aurait rien d'extraordinaire en situation de forte crise).

Le ratio price / tangible book value du CAC passerait alors à 4,27 (en supposant de façon optimiste qu'aucune entreprise hors banques ne fasse de pertes de nature à réduire ses capitaux propres !).

Un ratio de 1 ramènerait alors le CAC à 845, et un ratio de 0,8 à 676 points.

Pour conclure, je ne dis évidemment pas ici que 676 ou 845 points sont les objectifs à atteindre pour le CAC, et préfère pour l'instant m'en tenir à un simple retour au niveau du début des années 90, à savoir 1500 à 1700 points (même si cela est assez optimiste dans le contexte actuel).

Simplement, ces calculs avaient pour objet d'indiquer qu'il n'existe aujourd'hui aucun obstacle fondamental à une forte baisse du CAC (idem pour les indices US), pouvant dépasser largement 50%, si la croissance artificielle actuelle venait à prendre fin.

P.S : Le fichier excel associé, pour ceux qui souhaitent plus de détails :

 

Excel - 24 ko


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Commentaires

Le 15 août 2010 par : JCFLX

Bonjour, Je suis avec grand intérêt votre AT du mois de juillet sur le CAC. Jusqu’ici 100% correcte !! Comme je ne vois pas d’AT pour août, je suppose que vous conservez votre pronostic (3.3.. fin sept) ? Amicalement

JCFLX


Le 15 août 2010 par :

Si je voulais jouer à l’avocat du diable. Je dirais que les M/B sont élevés parce que les ROE sont élevés.


Le 15 août 2010 par : Yves

Bonjour, merci pour cet excellent éclairage. Il aurait aussi été intéressant de compléter l’exercice avec étude du Price To Book Ratio sur Nikkei depuis janvier 1990 et points bas touchés en août 1998, mars 2003 et mars 2009. Le Japon nous donne peut-être une idée si le marché est prêt ou non à accepter les actifs non-tangibles ?! Yves


Le 15 août 2010 par : o’connor

Bonjour Mr Loic Abadie

Je me permet d’écrire ce commentaire pour vous faire connaitre le forum dailyfx, spécialisé dans le FOREX.

Bien que vos analyses soient portées sur les marchés boursiers, je pense qu’elles pourraient être intéressantes pour le marché des changes.

Venez y jeter un coup d’œil car les analyses et conseils qui y sont proposés sont de très bonne qualité.

Si vous êtes intéressé veuillez contacter l’administrateur du forum Mr Nicolas Chéron.

Merci et à bientôt j’espère


Le 16 août 2010 par : daniel

Bonjour,

Merci pour cette analyse édifiante.

Sur les articles publiés sur le site, je ne vois pas la date de publication de ces derniers.

Cordialement.

Daniel


Le 16 août 2010 par : shuniata

certes ! cacounet sur 3 chiffres, pourquoi pas ?

sauf que.........sauf que.................

faut compter avec les BC !

remember bernie, il ne laissera pas la spirale de la déflation d’actifs s’amorcer. il rachètera autant de créances pourries (écarts d’acquisition compris !) qu’il le faudra comme il l’a déjà fait .

loïc ne perçoit pas (?) que le système financier serait anéanti bien avant que notre cacounet national n’aille testé l’affichage sur trois chiffres. les BC sont les émanations du monde de la finance, elles ne laisseront pas le système financier actuel disparaître, quel qu’en soit le prix à payer. (mort des monnaies)

bon, maintenant supposons que bernie and co ne coulent pas les monnaies cad laissent la déflation s’installer, et bien ce serait fatal pour le système financier : en cas de forte déflation l’actif du bilan des banques fondrait comme neige au soleil et elles se retrouveraient rapidement dans l’incapacité d’honorer leurs engagements

résultat le cash est perdu parce que comme on dit : the cash is in the bank !

si forte déflation risque de contrepartie massif de perdre son cash par faillite des banques alors que les actions vaudront toujours quelque chose, même dans la pire des crises l’activité économique continue !

et n’allez pas imaginer que les états voleraient au secours des banques pour que les déposants particuliers ne soient pas lésés alors qu’ils n’auraient rien fait pour éviter la détérioration des bilans bancaires, réfléchissez un peu !


Le 17 août 2010 par :

Ok tout ne va pas pour le mieux, je suis d’accord, mais bon, dire "le CAC devrait valoir tant si on prend en compte tel ou tel ratio" ça me parait totalement subjectif. si avec des ratios on pouvait valoriser toute société ça serait tellement facile.


Le 18 août 2010 par : axel

Ok, je vous suis toujours mais qu’est-ce qu’on fait, on spécule à la baisse, on achète des actions des pays émergents, de l’or ???


Le 18 août 2010 par : Sacha

De son côté, Bob Prechter (fondateur du site Elliottwave) voit le DOW sous 1000 points en 2016...

http://sachakin.blogspot.com/2010/0...

Il énonce plusieurs raisons, notamment que "ce marché baissier est d’un degré de type ‘Supercycle’, le plus important depuis 1720-1784"

Je rappelle que le trader hors norme John Paul Tudor avait anticipé le crash de 1987 avec les vagues d’Elliott...


Le 24 août 2010 par : pat33

bonsoir !

tout d’abord je doit dire que je n’y connais pas grand chose en économie . par contre il y a une chose dont je suis sur , c’est que les scénarios ne se déroulent jamais comme prévu, pour la bonne et simple raison que les gouvernements , lobbies , et /ou toute personne ayant des intérêts a cet endroit ( la bourse )

freinent voire dévient le cours naturel des choses ...


Le 13 septembre 2010 par :

UN crash prochainement ou suite de la montée ??


Le 14 septembre 2010 par :

Un CAC à 3 chiffres ? ! Tout simplement : N’IMPORTE QUOI !!! Les gens ne savent plus quoi inventer pour faire parler d’eux !!


Le 14 septembre 2010 par : coco

Le cac à 3 chiffres c’est de la théorie.... Loic est un enseignant, qui théorise. Il faut le prendre en tant que tel.

Il le dit lui-même "si la croissance artificielle actuelle venait à prendre fin." pourquoi viendrait-elle prendre fin ?


Le 15 septembre 2010 par : Salluste

Je suis à 100% d’accord avec shuniata oncle Ben bombarde dès que le dow flirte avec 10000 ... En revanche le propos tient si l’on suppose que l’on parle de valeur réelle, l’indice n’étant plus que le moyen de savoir si nous sommes en déflation ce qui est le cas aujourd’hui, ou en inflation ce qui sera le cas demain et pas qu’un peu. Donc le trend est double au final.


L'auteur
Loic Abadie

Ingénieur de formation. Habite la Réunion. Travaille pour l’éducation. Je gère un PEA que j’ai fait passer de 35.000 à 400.000 euros entre 2004 et 2010. J’ai écrit le livre "La crise financière en 2008-2010 : mode d’emploi pour la décrypter et l’exploiter" disponible sur www.edouardvalys.com. Celui ci s’est vendu à 5000 exemplaires.

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