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Zoom sur le plus grand business angel de France

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(article du 24 mai 2010)

En nombre de star­tups finan­cées et dans les indus­tries du numé­rique, il me semble qu’il s’agisse de Xavier Niel, ci-devant fon­da­teur et pré­sident d’Iliad, la mai­son mère de Free.

Expli­ca­tions…

J’ai eu l’occasion de dis­cu­ter avec lui la semaine der­nière sur un tas de sujet, dont celui de ses inves­tis­se­ments dans les star­tups. Je savais qu’il avait inves­tit dans quelques boites connues telles que Dee­zer, voire dans des star­tups d’amis divers. J’avais aussi entendu par­ler de la créa­tion d’un fonds d’amorçage com­mun avec Jéré­mie Ber­rebi, fon­da­teur entre autres de Zlio, dénommé Kima ven­tures, en février 2010. Leur site, ci-dessous, est sur­tout une boite aux lettres pour envoyer votre pro­jet à Jéré­mie Ber­rebi qui en fait le tri et les sou­met ensuite à Xavier Niel pour validation.

Je m’étonnais de la volu­mé­trie d’investissements annon­cée : un objec­tif d’investissement dans une cen­taine de pro­jets en deux ans. Quand je vois à quelle vitesse les clubs de busi­ness angels, fonds ISF et autres orga­ni­sa­tions inves­tissent dans les start-up et par­fois avec des res­sources humaines signi­fi­ca­tives, je me disais que c’était une gageure.

Grosse erreur !

En fait, Xavier Niel a déjà inves­tit dans plus de 150 star­tups, au point qu’il a du mal lui-même à se rap­pe­ler de la liste de toutes les boites concer­nées ! Elles pro­viennent de nom­breux hori­zons et de nom­breux pays dans tous les conti­nents. On peut ainsi citer Dee­zer qu’on ne pré­sente plus, Archi­turn (une place de mar­ché et pla­te­forme de ser­vice pour l’architecture d’intérieur), Square (la boite du fon­da­teur de Twit­ter, évoquée dans ce post sur Leweb 2009), Media­part et Bak­chich (plus classe que de pos­sé­der “Le Figaro” ou “Libé”…), Ateme (qui pro­duit du maté­riel de tête de réseau pour la dif­fu­sion de l’IPTV), Status.net (une pla­te­forme open source de micro-blogging, établie au Qué­bec), dans Apps­Fire (pour par­ta­ger ses listes d’applications mobiles), et aussi vpod.tv (plate-forme de vidéo en ligne pour les entre­prises). Depuis la créa­tion de Kima, on peut citer les inves­tis­se­ments dans Leet­chi (un sys­tème de ges­tion en ligne de cagnotte, une ver­sion consom­ma­teur de la levée de fonds…), dans dans Ope­nERP (une sorte de Sugar­CRM pour l’ERP, d‘origine belge), dans Labo­tec (déve­lop­pe­ment d’applications mobiles) ainsi que dans Tokup (place de mar­ché de services).

A ce jour, au moins dans la high-tech, Xavier Niel est donc pro­ba­ble­ment le busi­ness angel le plus actif de France en nombre de star­tups finan­cées. A titre de com­pa­rai­son, les busi­ness angels de “Paris Busi­ness Angels”, l’un des plus gros clubs de busi­ness angels de France, inves­tissent dans envi­ron 25 pro­jets par an. Mais ils sont plus d’une cen­taine de membres. Et en moyenne, un busi­ness angel très actif inves­tit dans une dou­zaine de pro­jets - en tout !

Les inves­tis­se­ments de Xavier sont réa­li­sés en phase d’amorçage et avec des tickets moyens de 100K€. Jéré­mie filtre pour Xavier les dos­siers selon deux cri­tères clés : l’originalité de l’idée et la qua­lité de l’équipe, et avec, tant que pos­sible, la volonté d’aider en par­ti­cu­lier les jeunes entre­pre­neurs talen­tueux. Xavier sou­haite aussi aider les pro­jets qui pour­raient avoir une enver­gure inter­na­tio­nale. Par­fois, il inves­tit dans un pro­jet dont l’idée est bonne mais très dif­fi­cile à réa­li­ser, parce qu’il croie en l’équipe.

Xavier et Jéré­mie se décident rapi­de­ment, en annon­çant un délai de réponse de quelques semaines, un vrai défi compte tenu des cen­taines de dos­siers qu’ils ont reçus, notam­ment depuis la créa­tion de Kima Ven­tures et l’écho que cela a généré. Ils s’appuient ensuite sur leur réseau rela­tion­nel mon­dial pour aider les socié­tés, que ce soit pour leur trou­ver d’autres sources de finan­ce­ment comme des busi­ness angels de “pres­tige” inter­na­tio­naux, ou pour débou­cher sur des par­te­na­riats busi­ness. Mais sans inter­ve­nir dans leur ges­tion. Ils pensent appor­ter plus de valeur aux socié­tés inves­ties qu’avec un “board seat”.

Cin­quante dos­siers par an, cela fait un sacré paquet ! Le pro­ces­sus est accé­léré grâce à deux éléments clés : le “nez” d’entrepreneurs de Jéré­mie et Xavier et l’absence de for­ma­lisme. Celui-ci alour­dit géné­ra­le­ment les divers orga­nismes qui dis­tri­buent ou prêtent de l’argent public et même les clubs de busi­ness angels. Ici, pas de comité de sélec­tion, pas d’experts, juste un exa­men du dos­sier et une ou deux ren­contres avec les entre­pre­neurs. Ces dos­siers doivent cepen­dant sérieu­se­ment docu­men­tés dans le for­mu­laire du site de Kima. Le tri reste sévère ! Sachant que le % de dos­siers sou­mis de bonne qua­lité semble plus faible en France qu’ailleurs.

Il faut noter que cette poli­tique d’investissements en phase d’amorçage serait déjà ren­table, du fait du volume de prises de par­ti­ci­pa­tions. On retrouve une loi du genre impla­cable pour l’investissement dans les star­tups : il faut d’un côté avoir du nez, et de l’autre, faire du volume car les pro­jets qui décollent sont sta­tis­ti­que­ment très rares.

Curieu­se­ment, l’annonce de la créa­tion de Kima Ven­tures ne change pas vrai­ment la donne en termes de mon­tants inves­tis et de pro­jets sou­te­nus pour Xavier Niel. C’est sur­tout la mise en place d’une struc­ture adé­quate pour la ges­tion de ses inves­tis­se­ments dans des star­tups, dans la lignée de ceux qu’il a déjà réa­li­sés, et tou­jours dans les mêmes domaines : les télé­coms, l’Internet et les jeux vidéos.

D’autres ini­tia­tives voi­sines sont à signa­ler et à posi­tion­ner par rap­port à Kima Ventures :

 

·  Jaina Capi­tal, créé par Marc Simon­cini de Mee­tic. Le fonds de 100m€ inves­tit des tickets plus élevés, aux alen­tours de 500K€, et exclu­si­ve­ment dans des star­tups fran­çaises. Il est doté d’une équipe per­ma­nente de plu­sieurs per­sonnes dont Michel Kubler, et se foca­lise comme il se doit sur le numé­rique. Il a notam­ment déjà investi dans Apps­Fire (en com­mun avec Xavier Niel), dans les jeux en ligne (Wina­max), dans les ser­vices mobiles MVNO (CoFi­Tel), dans la loca­tion en ligne (Zilok), dans Cashs­tore (cash­back et conseil dans le com­merce en ligne) et aussi dans Mil­le­mer­cis (listes de mariage). Marc Simon­cini est donc pro­ba­ble­ment en € le plus grand busi­ness angel de France en deve­nir dans le sec­teur du numé­rique. Marc a déjà retrouvé ses mises de fond de départ grâce à quelques belles intro­duc­tions en bourse (comme avec Millemercis).

·  Isai Capi­tal, créé par une belle bro­chette d’entrepreneurs com­pre­nant notam­ment Pierre Kosciusko-Morizet, Oriane Gar­cia, Ouriel Ohayon, Geof­froy Roux de Bézieux et Tariq Krim, et animé par Chris­tophe Rey­naud et Jean-David Cham­bo­re­don (ex 3i Ven­tures, et aussi un blog­geur doté d’une très belle plume, quoique rare). Les tickets sont ici encore plus élevés, de l’ordre du mil­lion d’Euros. Isai s’est même consti­tué en FCPR, un véhi­cule lourd et ins­ti­tu­tion­nel (agréé AMF) qui per­met de lever des fonds au delà de la contri­bu­tion des busi­ness angels fon­da­teurs. C’est presque un VC, ce qui explique sans doute la pré­sence de JdCh dans l’équipe de gestion.

Kima, Jaina et Isai se suivent donc logi­que­ment dans le cycle de finan­ce­ment des star­tups. Ce qui explique que le nombre d’investissements dans les deux der­niers soit pour l’instant modeste. Plus on avance dans le cycle, moins il y a d’élus et plus les besoins finan­ciers aug­mentent par star­tup ! Comme les entre­pre­neurs à l’origine de ces fonds se connaissent bien, sou­vent depuis plus d’une dizaine d’années, et com­mu­niquent régu­liè­re­ment entre eux, il ne sera pas sur­pre­nant de voir des star­tups finan­cées à la queue-leu-leu par deux voire trois de ces équipes au gré de leur croissance.

Etant prin­ci­pal action­naire de Free, Xavier Niel a sans conteste les moyens finan­ciers d’aider les jeunes entre­pre­neurs. Il place au moins 5 mil­lions d’Euros par an dans les star­tups. Ce qui est certes modeste au regard de son patri­moine, mais lié à son posi­tion­ne­ment dans l’amorçage contrai­re­ment à ses col­lègues de Jaina et Isai.

Je m’étonnais il y a quelques années, de la faible acti­vité des grandes for­tunes de France autour de l’entrepreneuriat. Il y a bien les Mul­liez avec le Réseau Entre­prendre et Liliane Bet­ten­court et sa fon­da­tion, mais cela ne va pas bien loin pour les autres, qui pré­fèrent sou­vent l’Art à l’entrepreneunariat. Au bout du compte, celui qui a le mieux réussi dans la high-tech fran­çaise rend bien la mon­naie de la pièce aux entre­pre­neurs. C’est suf­fi­sam­ment rare pour être sou­li­gné ! Et sur­tout, un très bon exemple à suivre, avec Marc Simon­cini, pour les autres… quand ils sont encore en France ! L’innovation dans un pays se mesure aussi à sa capa­cité à recy­cler la richesse et les com­pé­tences géné­rées pour faire émer­ger de nou­velles entreprises !

 

Olivier EZRATTY

Article extrait de son blog  OPINIONS LIBRES



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