ARTICLE

Loïc Abadie : Crise économique et financière, l’immobilier est-il un bon refuge ?

(123) votes | note : 4.74
Votez pour cet article
1 carré orange : note minimale
5 carrés orange : note maximale
(article du 21 août 2011)

Cette question est plus complexe qu'il n'y paraît, parce qu'on peut distinguer au moins trois types de crises économiques/financières :

1) Les crises déflationnistes associées à l'implosion d'une bulle de crédit (credit crunch) : 1929-1932 aux USA, Japon depuis les années 90, et l'épisode de crise 2007-2009 (qui va se poursuivre à mon avis, mais j'ai mis ces dates dans un esprit de "neutralité").

2) Les situations de stagflation, associant une forte inflation (mais pas une hyperinflation) et une récession économique : les récessions du début des années 80 et de 1973-1975 par exemple.

3) Les crises liées à la faillite d'un état et à l'effondrement d'une monnaie (par exemple : l'Argentine en 2001-2002), qui se caractérisent par une récession brutale et un épisode d'hyperinflation intense mais de courte durée.

On doit aussi distinguer deux cas de figure pour l'acquéreur de biens immobiliers : le paiement en cash ou l'emprunt.

Nous avons donc en tout 6 cas de figure différents à étudier.

Cas n°1 : La crise déflationniste.

C'est le cas de figure le plus défavorable pour l'immobilier : Les biens perdent une grande partie de leur valeur, surtout si ils étaient en situation de bulle au départ.

La baisse a ainsi dépassé 60% au Japon et atteint déjà 40% actuellement (elle n'est pas terminée) aux USA sur le Case-Shiller index.

Elle a été beaucoup plus modeste durant la crise de 1929-1932 parce que l'immobilier était déjà bon marché et non surévalué au moment de l'entrée en crise. Les prix n'ont ainsi chuté que de 25% en nominal aux USA, et de 6% en monnaie constante du fait de la déflation.

Graphique des prix immobilier : case-shiller index (USA)

De façon générale, l'achat de bien immobilier n'offre donc aucune protection contre une crise déflationniste.

L'acheteur en cash perd une part importante de sa mise initiale (surtout lorsque le marché était au départ en situation de bulle).

L'emprunteur s'expose quand à lui à un risque de ruine vu qu'il s'engage à levier et que ses revenus peuvent chuter du fait de la crise, le conduisant au risque de défaut.

Aujourd'hui en France, nous nous situons très clairement (voir les données de Jacques Friggit) dans une situation de bulle, dont l'ampleur est largement supérieure à celle de la bulle américaine qui continue de se dégonfler aujourd'hui.

Le fait que le gouvernement français ait réussi temporairement à regonfler cette bulle qui avait commencé à imploser, grâce à des incitations fiscales qui seront maintenant impossibles à renouveler vu la situation budgétaire, ne doit pas faire oublier cette réalité.

Graphique issu du site CGEDD de Jacques Friggit :

Cas n°2 : La stagflation.

La situation est cette fois plus complexe : durant les années 70, l'immobilier a offert aux propriétaires un refuge correct : les prix en monnaie constante n'ont pas progressé, mais ils n'ont pas non plus baissé.

La valeur des biens et des loyers a globalement suivi l'inflation, même si en France les loyers comparés au revenu disponible par ménage ont chuté de 20% environ.

Cependant, si une stagflation survenait aujourd'hui, la situation serait très différente : Les biens étaient bon marché dans les années 70, et offraient des rendements locatifs très corrects. Aujourd'hui, ils offrent des rendements généralement très faibles (nous sommes en dessous de 3% sur la région parisienne une fois les charges déduites).

Il n'y a pas besoin d'être un grand économiste pour comprendre qu'un bien offrant 3% de rendement dans un contexte de stagflation où les taux sont à 12% ou plus n'intéresserait personne, même si les loyers suivent l'inflation : Le propriétaire d'un appartement de 100 000 € touchant 3000€ de loyers nets par an ne touchera que 4200€ au bout de 3 ans d'inflation à 12%, et son rendement locatif restera extrêmement faible comparés à ceux du marché !


Vu la situation de bulle initiale, la hausse des taux associée à une situation de forte inflation exercerait donc une forte pression baissière sur les prix des logements, au moins au cours des premières années.

Conclusion :

Pour l'acheteur en cash : mauvaise opération, la valeur de son investisssement chute en monnaie constante, il est préférable pour lui d'aller vers d'autres actifs tangibles (or, matières premières, énergie) et d'attendre quelques années, à moins qu'il ne trouve à acheter des biens offrant un fort rendement locatif (8% brut minimum).

Pour l'emprunteur : l'opération est malgré tout défendable sur du long terme si l'emprunt est réalisé avant l'entrée en stagflation à des taux bas, et que le rendement de son bien est suffisant (un seuil à 6% brut est souhaitable dans ce cas de figure).

La stagflation est-elle possible aujourd'hui ?

Je n'y crois pas un instant : La situation budgétaire de beaucoup d'états dont la France (endettement et déficit structurel) est telle que toute hausse des taux à 10% ou plus ferait exploser leur charge d'intérêt et les conduirait rapidement au défaut de paiement (cas n°3), bien avant que "l'éponge" inflationniste n'ait ramené leur endettement et leur déficit à des niveaux soutenables.

Le vrai débat est de savoir si nous allons vers la déflation ou un défaut d'état à l'Argentine, ou, comme je le crois, les deux qui se succèderaient (déflation puis défaut). La stagflation n'a pour moi pas sa place dans le contexte actuel.

Cas n°3 : Le défaut d'état

Dans ce cas, l'achat d'immobilier est un bon choix.

- L'acheteur en cash dispose d'un actif tangible (même si il a été acquis à un prix élevé) et évite la perte de valeur de son cash (il subira malgré tout une perte de valeur en monnaie constante, mais nettement inférieure à la dévaluation sur son cash).

- L'emprunteur réalise quand à lui l'opération parfaite, en empruntant à bas taux en monnaie de singe, pour acquérir un actif tangible, dont le coût réel deviendra presque nul du fait de l'hyperinflation (les revenus de notre emprunteur pourront facilement doubler, tripler ou plus en monnaie courante, même si son pouvoir d'achat chute en monnaie constante du fait de la crise).

En conclusion

Nous le voyons, il n'y a pas vraiment de droit à l'erreur dans le contexte actuel, ou l'immobilier en France est dans une bulle sans précédent historique connu , :

- Celui qui mise sur le cas n°3 et se trompe (la déflation se prolonge) sera menacé de ruine si il a emprunté et perdra une grosse partie de son actif si il paie en cash.

- Celui qui mise sur le cas n°1 et se trompe voit son cash perdre une grosse partie de sa valeur après le défaut d'état et la dévaluation monétaire.

A chacun de décider donc, selon ses convictions, mais il existe quand même un choix qui pardonnera un peu en cas d'erreur, tout en étant exposé aux avantages du cas 3 (hyperinflation) : Acheter sur le marché (avec une partie de son cash) des foncières très endettées :

- Si l'hyperinflation arrive, vous profiterez pleinement du levier du crédit, en voyant le cours de ces valeurs flamber en bourse (elles n'auront, comme tout emprunteur, aucun mal à rembourser leurs acquisitions en les réglant en monnaie dévaluée. En fait, vous en profiterez d'autant plus que des valeurs comme CBSM ou ZIF offrent déjà une décote importante sur leur actif net aujourd'hui (voir les articles de Pascal Vinosoft et David Renan) .


- Si vous vous trompez (la déflation dure), vous perdrez votre mise de départ (ces valeurs seront sans doute menacées de faillite vu leur levier important), mais personne ne viendra vous réclamer des mensualités d'emprunt et saisir vos autres biens et le cash que vous aurez gardé par ailleurs. Vous pourrez même les revendre avant quand vous le voudrez, sans subir l'illiquidité, les délais, et les frais de transaction du marché immobilier classique.

Pour ma part, comme je suis déflationniste, je n'ai pas acheté encore ce type de valeurs (en dehors de quelques aller-retours sur CBO Territoria), et ne pense pas le faire dans les mois à venir (il suffit de regarder le graphique des taux à 10 ans US, du bund allemand ou d'une pétrolière comme Total pour comprendre que le moyen-terme a peu de chances d'être hyperinflationniste).

Tête-épaules géantes sur Total, confirmée par les volumes en baisse sur l'épaule droite...Où sont les "anticipations d'inflation" ??"

Mais je garde un oeil sur elles, et elles font partie de la stratégie que je garde en réserve (avec les valeurs du secteur minier et pétrolier, et les small caps décotées) pour le jour ou la menace de l'hyperinflation se fera plus précise.

Vous pouvez suivre mes anticipations économiques, la composition de mon PEA et mes opérations avec ma lettre Boostez votre PEA ! .

Loïc Abadie



Vous souhaitez lire d'autres articles de "Loic Abadie"


Vous souhaitez être averti par email quand Loic Abadie publie un nouvel article

Vous souhaitez vous abonner à la Synthèse ObjectifEco chaque semaine

Votre email Saisissez votre email et validez par OK.Format non valide.


Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

[Connexion] [s'inscrire] [mot de passe oublié ?]


Commentaires

Le 21 août 2011 par : jctrader56

un réel plaisir de vous lire ! Merci


Le 21 août 2011 par : Balthazar

Je partage votre description technique des risques (les 3 situations possibles).

Mais une affirmation me parait necessiter d’etre tempérée : "Aujourd’hui en France, nous nous situons très clairement (voir les données de Jacques Friggit) dans une situation de bulle, dont l’ampleur est largement supérieure à celle de la bulle américaine qui continue de se dégonfler aujourd’hui."

Dans un but de reflexion, et non de critique négative, voici ma remarque :

Les bulles ont pu avoir dans le passé pour origine notamment :
- l’introduction de taux faibles
- le surendettement
- la surconstruction
- des fraudes sur lesquelles nous passerons

Les taux faibles, aux USA comme ici nous les avons. C’est un motif de bulle. Et c’est incontestable. On notera au passage que les taux variables, très courants aux USA et en Espagne, ont été plus rarement acceptés par les français.

Le surrendettement. Je ne crois pas que ce soit le cas en France. Je ne dit pas que "tout va bien" mais le principe de l’endettement à hauteur de 33% des revenus a été globalement respecté (exception : les très hauts revenus) et je suis affirmatif là dessus. Aux USA , on a eu une pratique qui consistait à emprunter en escomptant rembourser avec la plus value. Je n’ai pas entendu parler de ça en France, et je ne l’ai pas constaté. En Espagne, on a eu des emprunts sur 50 ans .. Au Japon 100 ans !! En France je ne crois que les 30 ans ont été dépassés. Peut-être 35 ans pendant un court moment, mais c’est maginal. Et encore une fois le surrendettement n’est pas forcément qualifié. N’oublions pas aussi qu’aux USA il est parfois rentable de faire défaut en laissant la banque reprendre le bien immobilier. Ca joue sur les prix ..

La surconstruction. Elle est évidemment une cause importante en Espagne. En Floride également. En France, je crois que la situation est plutot à la difficulté de construire, voire à la pénurie dans certaines villes importantes comme Paris. Il n’y a donc pas identité de causes.

Reste la fraude. Ici mes connaissances sont trop limitées. Je ne m’étendrais pas.

Au final, on se rend compte que les "motifs de bulles" en France ne sont pas tous présents. Alors qu’ils l’étaient aux Etats Unis au moins dans certains états. C’est pourquoi je voudrais tempérer l’affirmation que vous avais faite.


Le 21 août 2011 par : Balthazar

désolé pour les fautes de grammaire honteuses ..


Le 21 août 2011 par : drive

Oui et alors, on fait quoi ? dans un pays où les gens pensent que nous sommes riches au delà de 5000 euros/mois. Ceci dit, quand on a surfé sur la vague des bulles boursières, immobilières et que l’on a appliqué des principes simples que seulement quelques personnes ,dont vous êtes, rappellent régulièrement, il n’est plus aisé de faire le bon choix : pas d’immobilier, pas d’assurance vie en euros(vu le risque obligataire), pas de grosses liquidités en banque(risque de faillite), etc. L’or physique ? certainement mais encore faut-il avoir confiance dans les établissements qui les stockent, que les gouvernements ne prennent pas de décisions type Roosevelt etc. Vraiment pas facile d’être riche dans ce pays !! alors si quelqu’un a la solution...


Le 21 août 2011 par : BCE_end

Bonjour Loic,

Ancien lecteur de tropical bear, merci pour ce nouveau post. Te lisant depuis un peu plus de deux ans, je ne suis pas surpris par ton article (très bon résumé déjà anticipé). Par contre, concernant le scénario 3, n’ayant aucun historique, je voudrais savoir en combien de temps un état peut faire faillite.

Après la phase de déflation (1 an ?, 2 ou 3 ans probablement, peut être 5 ou 10 ans...).

1. Va t’on avoir une phase transitoire de 1 à 6 mois ou les taux à 10 ans vont monter à 6/7% avant le défaut ? on peut tjrs acheter de l’immo durant cette période car les prix baisseront mécaniquement de 20% du à l’augmentation des taux... (pour les petits budgets un PEL + CEL ouverts depuis déjà 2-3 ans sera bien utile)

2. Ou en quelques jours (ou semaines ?), la monnaie (euro ou dollar) perds toute sa valeur (de combien ?) et les taux flambent (mais de combien ?) ds ce cas un PEL/CEL ne sert à rien...

merci par avance pour ta réponse,

BCE


Le 21 août 2011 par : Galiper

à Drive : Charles Dereeper a une solution :)


Le 21 août 2011 par : Loic Abadie

Bonjour BCE, en Argentine, il y a eu les premier gros signaux d’alerte sur les taux un peu plus d’un an avant la faillite : http://www.tradingeconomics.com/argentina/interest-rate

Tant qu’il n’y aura pas de signaux d’alerte sur les taux, je pense maintenir ma stratégie déflationniste. Mais dès qu’on aura ces signaux d’alerte (si ils se produisent), peut-être dans un délai de 2 ans environ, il vaudra effectivement mieux être un peu en avance dans les achats d’actifs tangibles qu’une journée en retard. Parce qu’une fois lancée, la dévaluation est un phénomène très brutal, presque instantané.


Le 21 août 2011 par : drive

Galiper, j’ai déjà parcouru les articles de C.Dereeper. L’herbe est-elle plus verte ailleurs ? je peine à le croire ; par ailleurs, je n’ai pas le même âge et ma situation familiale est différente ; j’aurais aimé avoir une réponse de L.Abadie, même succincte car mes lectures se résument au LEAP, Yannick Colleu(alias roque), crottaz etc. et tous ne parlent que de l’or physique pour préserver son patrimoine. Je pense qu’ils ont raison mais ça n’est pas ma tasse de thé ; j’aime ce que je vois, ce que je ressens, ce que je peux traiter en direct. et je tiens aussi à profiter de la vie au quotidien, le rêve quoi ! Cette crise n’a rien à voir avec ce que nous avons connu depuis 15-20 ans ; il va falloir être judicieux dans ses choix...


Le 21 août 2011 par : brucibru2

Excellent billet.

Le trou d’air semble juste devant nous, de l’avis des notaires, qui sont bien placés pour observer la manoeuvre :

http://www.immonot.com/tendance-mar...

"Plus d’illusion à se faire, le retournement du marché se dessine chaque jour plus nettement."

Lesquels sont peu suspects de noircir le tableau, pas autant que l’ami René, mais pas loin.


Le 21 août 2011 par : Loic Abadie

A Drive, j’ai déjà donné ici et ailleurs un début de réponse.

au delà des assurances (or et compte à l’étranger en devise solide), il n’y a pas d’actif miracle qui soit à la fois un refuge contre la déflation et l’hyperinflation (à l’exception peut-être de l’or, mais je n’aime pas trop la hausse parabolique actuelle, ce genre de mouvement finit toujours par corriger fort, d’autant que les mines ne suivent pas...sur le long terme il reste malgré tout une assurance utile). La seule solution passera par le fait d’avoir un timing pas trop mauvais dans la succession des phases de cette crise.


Le 21 août 2011 par : brucibru2

"à l’exception peut-être de l’or",

si on m’avait dit que tu écrirais cela jour, je ne l’aurais pas cru.

 :)


Le 21 août 2011 par : pavdu69

Il faudrait que tout ceux qui donnent leur avis sur l’immobilier indiquent s’ils sont ou non propriétaires. Ce type de conversation se retrouvent très régulièrement, et après avoir discuter de ce sujet, je demande à mes interlocuteurs s’ils sont propriétaires. Croyez-le ou non, 80% de ceux qui pensent que l’immo va se cracher sont locataires, mais reconnaissent qu’il est regrettable de "jeter par la fenêtre" des loyers à perpétuité. Et ceux qui croient à la stabilité des biens immo penchent pour un maintien de la valorisation de leurs biens. Pour jouer franc-jeu, je suis propriétaire, et je crois que seuls les actifs tangibles protégeront de l’érosion du capital dont nous allons avoir droit avec l’inflation, pour ma part nous allons vers une slumpflation.


Le 21 août 2011 par : smallgov

pour le moment juste un grand merci car c’est exactement la problématique que je me pose , le tout avec une optique proche de la votre.

Je vais relire et réfléchir , juste une question par rapport à votre maintien de votre pronostic déflationniste : comment cela peut il se concilier avec les QE1, 2 , 3 , n ? serait parceque qu’une éco inflationniste elle ( la Chine ) éponge ces liquidités in fine en prétant ?

un autre point ne pas négliger l’insécurité juridique pour les propriétaires à cet égard acheter en France ou en Suisse ce n’est pas du tout la même histoire.

Merci beaucoup en tout cas ;

( j’ai décidé de les bichonner mes blogueurs objectifeco surtout vous j’ai vu que les nerfs lachaient et nous Francais on a besoin de vous , la pensée de Bastiat n’ayant pas laissé beaucoup de place dans notre belle République Socialiste )


Le 21 août 2011 par : brouxd

Je partage ces diagnostics, très didactiques. Je serais intéresse a comprendre quels facteurs seraient susceptibles de faire éclater la bulle et de faire sérieusement refluer les prix.


Le 22 août 2011 par : Balthazar

@ pavdu69

Est-ce vraiment important de savoir qui est propriétaire ? Pour moi ce sont les arguments développés qui comptent.

Je suis en train de dresser une liste des avantages/desavantages d’être propriétaire ou locataire, que je mettrai probablement dans un post si le sujet revient.

Et bien croyez moi, il est difficile d’en déterminer vraiment le gagnant.

Par exemple, contrairement à une idée reçue, une location est très souvent plus rentable qu’une acquisition à court terme (hors plus ou moins value). Voir les articles de Dereeper auxquels je souscris pour une grande part. Payer un loyer équivalent à des intérets d’un emprunt ou des interêts d’un capital que l’on possede, et parfois même inférieur, ce n’est pas "jeter [l’argent] par la fenêtre", c’est un choix financier souvent rentable.

Pour aller dans l’autre sens, le loyer suit souvent le cout de la vie et augmente. Les interêts de remboursement n’augmentent pas, eux. Et parfois même, ils baissent conséquemment si on renégocie le prêt dans les bonnes périodes. Cela est parfois oublié par les locataires. Et cela peut assez vite faire pencher la balance dans le sens du propriétaire dès qu’on dépasse le court terme. Ou encore : les locataires doivent déménager de force s’ils ont reçu congé ce qui engendre un cout de déménagement qui peut chiffrer.

Ce sont des exemples pour montrer que la chose est complexe. Si en plus on ajoute la conjoncture, où force est de constater que les avis, même de personnes qui connaissent leur affaire, divergent sur la valorisation de l’immobilier à venir (lisez et comparez les avis de Dereeper, Abadie, Benard par exemple), la chose devient vraiment complexe !

Et à supposer que la conjonture dépende de la politique monétaire, ceux qui sont au gouvernement savent-ils eux même la politique monétaire qui sera menée dans 5, 2 ou même 1 an ?? Vu la cohérence des politiques mises en place, des discours et des affirmations à l’emporte-pièce qui sont faits, par moments je me demande si seulement il y a une politique mise en place ...

Bref, je crois que c’est à chacun de se faire son opinion. Comme en bourse, il y a des bonnes et des mauvaises techniques, des bons et des mauvais analystes, mais personne n’est à l’abri de l’erreur .. ou du succes fortuit ! Qu’ils proviennent de locataires, propriétaires, exilés, pescimistes ou optimistes, tous les avis argumentés sont à étudier. Car comme l’a dit Drive "il va falloir être judicieux dans ses choix..."


Le 22 août 2011 par : ernest07

Etre propriétaire est pour moi indispensable pour sa sécurité juridique. Accessoirement les loyers que l’on ne se versent pas ne sont pas imposés.

Reste le problème du surplus et des investissements. Il y a clairement une bulle immobilière en France. Pas besoin d’aller plus loin que la courbe de Friggit.

Je ne vois pas non plus comment un gouvernement pourrait accepter la déflation ou un défaut, mieux vaut la planche à billets ? Sauf s’il a des créances dans une autre monnaie (ce fut le cas de l’Argentine). C’est vrai qu’avec le merdier de l’euro, il a matière à discussion.


Le 22 août 2011 par : smart72

Merci Loic pour ce papier encore une fois clair et précis.

Au jour d’aujourd’hui les banques ne se prêtent plus entre elles il y a donc une crise des liquidités. Si cela s’accentue, cela deviendra compliqué pour les particuliers comme pour les entreprises d’emprunter...


Le 22 août 2011 par : Switchko

Bonjour

Toujours un plaisir de lire tes articles .

Cependant comme tu le soulignes dans le cas n°2 , le défaut d’état se fera suite à des événements Le premier de ces événements sera sans doute la dégradation de la note souveraine qui fera grimper les taux à des niveaux élevés et qui provoquera mécaniquement une chute sévère de l immobilier dans un premier temps ( donc rend au moins ton scénario d achat en cash inintéressante Par la suite différents cas sont possibles selon la réaction des autorités (impression de monnaie de la BCE , retour au franc ) .

Je ne pense pas qu’un défaut partiel ou total de la France rende l immobilier intéressant même à terme.

Voir l analyse de Jean Pierre Petit en vidéo


Le 22 août 2011 par : Francois

Pour Balthazar :

Je ne sais pas s’il y a une bulle, mais le point qui m’inquiète, c’est ou sont les futurs acheteurs, et d’ou va venir leur argent ?

Entre le revenu moyen d’un ménage, et le prix de l’immobilier, la situation n’est pas saine.

1000€ par mois, sur 20 ans à 5%, c’est une valeur actuelle de 150 000€.

Et pour s’endetter à hauteur de 1000€ par mois, il faut faire partie des 10% plus hauts revenus. Ca ne fait pas beaucoup de clients pour le nombre de logements à vendre.


Le 22 août 2011 par : pavdu69

@ Francois : tout à fait juste, mais il faut savoir que beaucoup de primo-accédant achètent en couple, et que ceux qui achètent seuls ont économisé pendant quelques années en vivant chez leurs parents et donc disposent d’un apport. Et puis beaucoup achètent pour investir.

Ce qu’il risque de se passer aussi, c’est que de moins en moins de personnes peuvent accéder à un premier achat, ce sont autant de gens qui se retrouvent sur le marché de la location, d’où une augmentation de la demande par rapport à une offre toujours plate (dans les grandes villes) et des loyers qui deviendront plus élevés.


Le 22 août 2011 par : cocoonman

Bonjour Loïc

Si je lis bien votre article, étant propriétaire, il serait judicieux de vendre mon bien immo aujourd’hui, d’attendre le dégonflement de la bulle immo en France et de racheter ensuite à bon compte plusieurs biens immos en empruntant un peu ?


Le 22 août 2011 par : Balthazar

@ Francois

> Sur d’où vient l’argent :

Il n’y a pas que le revenu qui permet d’acquérir. Il y aussi le capital. Qui a le capital ? Souvent les vieux en France. Une des raisons qui explique que l’immobilier est cher, c’est qu’ils vivent plus longtemps. Ils libérent la place moins facilement qu’avant ! Donc les logements libérés se raréfient. Quelque part, ils créent la rareté de l’offre en ne l’alimentant plus autant que par le passé. Paradoxalement en vivant plus longtemps, les vieux se sont créé un monopole sur l’immobilier et de ce fait sont eux qui détiennent la richesse. C’est souvent une donation qu’ils consentent qui permet l’achat immobilier par un jeune.

Maladroitement certes, c’est ce que Sarko essayait de favoriser en allégeant la fiscalité.

Malheureusement, les donations ne créent pas de logements ...

> Sur la bulle :

Les prix sont hauts historiquement. La courbe de Friggit le montre. Je ne crois pas que ça fasse débat. La question c’est s’ils vont descendre tout de suite ou dans longtemps. Personnellement, je ne crois pas que le tunnel de Friggit (que je trouve très criticable) puisse servir de base de raisonnement pour déterminer un éclatement de bulle imminent, mais ça n’engage que moi.

J’ai tout de même une conviction : si la bulle était énormissime, elle aurait éclaté en 2008, comme elle l’a fait ailleurs. Soyons réalistes : c’est pas les mesurettes de Sarko qui auraient pu empecher un eclatement de bulle. Les choses sont donc un peu plus subtiles qu’on ne le lit ici et là parfois.


Le 23 août 2011 par : SoSS

M. Abadie, ne pensez-vous pas que si les mines ne suivent pas la hausse cela soit justement un signe que l’or n’est pas dans une bulle, mais qu’il est au contraire acheté ses qualités propres ?

Si l’or était dans une bulle, les mines, qui ont plein d’or, monteraient aussi, non ?


Le 24 août 2011 par : brucibru2

Plus grand short de l’histoire en court des fonds. De 2 choses l’une, soit on rebondit d’encore 5 ou 10%, soit c’est le tilt.


Le 24 août 2011 par : jboss

M. Abadie nous présente un cas d’école. Si on est locataire et que l’on pense à investir dans l’immobilier la problématique n’est plus la même, dans la vie il faut bien se loger. Si pour le prix de votre loyer vous pouvez vous payer un logement à crédit, il n’y a pas photo. Cela fait 4 ans que M. Abadie se méfie de l’immobilier mais depuis 4 ans j’aurais payé 1/4 de mon crédit... Même si les prix baissent de 20%, je suis encore gagnant. Évidemment la logique d’un investisseur financier n’est pas la même, mais la logique d’un primo accédant est peu discutable, il doit acheter. A attendre une baisse pendant des années, il finit par être toujours locataire...


Le 24 août 2011 par : jboss

Pour compléter le propos de Balthazar on voit bien qui détient le capital en France, ce sont soit les vieux soit les forts revenus qui se comportent comme des vieux. Le marché immobilier est tenu par ces gens-là qui en 2008 ont gentiment attendu la fin des soubresauts sans baisser les prix. L’Italie ou l’Angleterre sont des marchés avec le même phénomène. Les atermoiements des hommes politiques européens depuis 2 ans sur la dette des états est fortement influencée par tous ces possédants : c’est le futur des assurances vies (1700 milliards d’€ en France seulement, plus que la dette du pays)et des biens immobiliers qui se jouent à travers la fiabilité des banques et la solidité des emprunteurs. Les politiques refusent pour l’instant de faire participer les privés et protègent l’épargne des possédants, épargne qui s’est d’ailleurs pendant que les états s’endettaient. Cela pourra-t-il durer ? Pas un Français ne croit aujourd’hui devoir passer à la caisse mais cela peut devenir pire.


Le 25 août 2011 par : Loic Abadie

A Jboss, sur le débat locataire / propriétaire, ça se calcule de façon précise via des simulations, et c’est loin d’être toujours à l’avantage du propriétaire :

http://www.cbanque.com/immobilier/louer-ou-acheter.php

Dans le cas d’une baisse des prix (même modérée), il est clair qu’il vaut mieux attendre : Voir cette simulation par exemple, faite avec des hypothèses pourtant bien modérées (baisse des prix de 4%/an sur 5 ans).

http://img231.imageshack.us/img231/9823/simulimmo.png

Pour ma part, je reste sereinement locataire, j’ai maintenant de quoi me payer cash 3 logements de 160K€ (parce que je suis resté locataire toutes ces dernières années, ce qui m’a permis d’investir et d’épargner en PEA), et j’attends tranquillement la baisse des prix. Je peux déménager quand je veux, juste un petit préavis à donner, et pas de soucis d’entretien du bâtiment et de charges à payer.

Maintenant, si le rendement locatif du bien qu’on envisage d’acheter en résidence principale est à 7-8%, ok ça vaut sans doute le coup.


Le 25 août 2011 par : lololesarcs

A loïc, commentaire du 25 août,

Juste une petite réaction suite à ton commentaire, tout le monde n’a pas la faculté de faire x10 ou 11 avec son pea en 10 ans... tes performances sont plus que remarquables. Bravo !

Quelqu’un ayant acheté un logement avec 40k€ d’apport en 2001, et emprunté 120k€ est aujourd’hui à la moitié des son crédit (sur 20 ans), et je pense ne s’en sort pas trop mal dans une optique de résidence principale. Sans compter le plaisir matériel d’être chez soi, ça a un prix. Cette personne aurait eu beaucoup de chance de faire moins bien en investissant en bourse sans tes compétences ainsi qu’en plaçant sont argent à 3% de moyenne sur livret A (cette personne capitaliserait aujourd’hui 57756€ sur son livret A.

Bonne continuation, toujours au plaisir de te lire et d’admirer ta clairvoyance.

Laurent


Le 25 août 2011 par : jboss

@Loic, l’exemple donné (lien img231) ne tient pas compte de la plus value et pourrait être discuté dans les détails (en particulier on paye beaucoup d’intérêt dans les premières années), tout dépend de l’écart loyer / mensualités. Et le placement immobilier ne peut pas être comparé au PEA où l’argent est non utilisable. J’ai acheté une maison en 2003 pour 400 000 € tout compris avec 150 000 € d’emprunt, elle vaut 650 000 € aujourd’hui, il me reste 60 000 € à rembourser et je peux la vendre demain (peut-être pas après demain ok). Sans ça je devais payer 2000 € de loyer par mois uniquement pour me loger. Si j’avais placé mon apport (250 000 €) même à 4%, je serais à la tête de 328 000 € au lieu de 590 000 € sans compter que mon loyer m’aurait coûté beaucoup plus cher que mon crédit. J’ai potentiellement gagné 260 000 €, sans ne passer aucun ordre de bourse, uniquement en dormant...


Le 25 août 2011 par : Loic Abadie

Je me place uniquement dans un cas bien précis : la situation actuelle, à un horizon de 3 à 5 ans, pour lequel j’anticipe une baisse sensible de l’immobilier, et où il ne serait pas question de "plus-value", mais plutôt de moins-value.

Il est bien évident que celui qui a acheté en 2001 ou même en 2003 a fait une bonne opération. Cela ne prouve en aucun cas que celui qui achèterait aujourd’hui (ou qui l’a fait ces 3-4 dernières années) pourra répéter cette bonne opération, dans un contexte qui est radicalement différent. Le choix dépend beaucoup des anticipations déflationnistes ou inflationnistes de chacun sur les années à venir.


Le 27 août 2011 par : brucibru2

J’ai pris ta lettre.

Quel style, j’adore, j’ai pensé à Hemingway, le viel homme et la mer, télégraphique, mais quel sens !


Le 5 septembre 2011 par : Nono Ladette

Bonjour M Abadie,

lecteur occasionnel de votre blog, pessimiste comme vous sur l’économie mondiale depuis 2008 (j’ai donc limité les pertes en 2008 mais raté le rebond ensuite), j’avoue avoir douté depuis fin 2010 en voyant les chiffres de croissance élevée aux USA, Allemagne et France : les plans de relance avaient-ils réussi ? Au vu du ralentissement mondial constaté depuis juin, votre point de vue s’impose désormais : les plans de relance n’ont rien relancé, la croissance ne s’auto-entretient pas. Elle fait "pshiit". Bravo pour avoir maintenu votre ligne.

Il semble effectivement de plus en plus probable que "La déflation arrive !" maintenant que les Etats ont épuisé leur capacité de relance et sont contraints d’imposer de la rigueur récessionniste et déflationniste. La conséquence sera probablement (dans quelques mois ?) quelques faillites d’états et de banques qui tomberont en quelques jours après le premier domino, n’est-ce pas ? J’ai développé un scénario de cette phase sur mon blog www.nonaladette.fr. Ensuite, ces états dévalueront et l’hyperinflation, vous nous dites, en sera la conséquence. J’en arrive à ma question : pourriez-vous développer, dans un commentaire voire un prochain article, le lien entre défaut et hyperinflation ? En quoi un défaut entraine une hyperinflation (une dévaluation de 30% n’augmenterait que le coût des produits extérieurs une fois, pas de quoi alimenter une inflation a deux chiffres, si ?) ?

Et pour en revenir à votre article : quel sera le bon moment pour acheter des foncières ou de l’immobilier en direct en empruntant (quand passera-t-on du scénario 1 au 3 ?) ? Aura-t-on encore le temps d’investir après les défauts ou bien faut-il les anticiper à cause du credit crunch qui suivra ? Et s’il faut l’anticiper, quels signes nous permettront d’identifier le bon moment ? Merci d’avance.


Le 7 septembre 2011 par : terreetciel

Bonjour,

Il est certain que la situation est particulière. L’Etat souhaite augmenter la durée de détention d’un bien pour l’exonération des plus values pour les résidences secondaires. Cette mesure est pour moi un aveu de l’Etat qu’il a laissé une bulle se créé. Manifestement, l’Etat souhaite rendre moins liquide le marché pour limiter l’impact d’une éventuelle baisse.


Le 12 septembre 2011 par : Heito

A Jboss, sur le débat locataire / propriétaire :

Vous avez raison, il est difficile 1/ de diagnostiquer une bulle en général et 2/ de déterminer un timing d’éclatement. A ce titre, je rappelle les propos d’Alan Greenspan sur l’exubérance irrationnelle des marchés en 2006. =>La bulle Internet a éclaté 4 ans plus tard ! Concernant le marché immobilier, l’étude de CDC Marchés d’avril 2000 a montré également la difficulté du timing. Elle était intitulée "La bulle immobilière est dangereuse" en ciblant principalement les Etats-Unis. =>La bulle immobilière a éclaté 6 ans plus tard ! On peut en rire mais l’étude était au moins pertinente sur un point : les conséquences contemporaines de l’éclatement d’une bulle immobilière en étudiant alors le cas du Japon. Hélas, cela reste d’actualité 11 ans plus tard. Voir http://www.ushousingupdate.com/japa... Ainsi même les primo-accédants doivent à ce stade y réfléchir à deux fois. Je suis propriétaire et je vais vendre. A bon entendeur salut


Le 18 octobre 2011 par : meteorologue en economie

Juste une petite question.

Que se passerait-il en cas de monétisation de la dette par la BCE ?

Merci.


L'auteur
Loic Abadie

Ingénieur de formation. Habite la Réunion. Travaille pour l’éducation. Je gère un PEA que j’ai fait passer de 35.000 à 400.000 euros entre 2004 et 2010. J’ai écrit le livre "La crise financière en 2008-2010 : mode d’emploi pour la décrypter et l’exploiter" disponible sur www.edouardvalys.com. Celui ci s’est vendu à 5000 exemplaires.

Vous pouvez désormais suivre mes opérations en temps réel avec ma lettre Boostez votre PEA ! en cliquant sur le lien suivant : http://www.loicabadie.com/boostez_v...