Jérôme Werlen : La bourse ? Non merci ! Je ne jure que par mon compte épargne.
Depuis que j’investis en bourse j’entends souvent parler autour de moi de méfiance envers les marchés boursiers. Quand je dis que j’achète des actions les gens deviennent sceptiques, pour ne pas pas dire critiques. Je peux comprendre quelque part leurs inquiétudes étant donné les mauvaises surprises que nous ont fait traverser les marchés financiers depuis 2000. Mais le risque n’est pas toujours là où on le croit. L’argument qui revient sans cesse est plus ou moins le suivant : « Je préfère laisser mon argent sur mon compte épargne, comme ça je peux dormir sur mes deux oreilles ». Soit, alors pour s’amuser on va juste voir ce que ça donne.
Admettons que vous ayez ouvert un compte de ce type en 1996. Pour faire simple on va dire que vous avez touché un héritage de 10’000 francs de votre grand-mère, que vous les avez placés et que vous n’y avez plus touché (aucun versement, ni retrait). 15 ans après, à fin 2010, selon les taux appliqués durant cette période, vous auriez gagné 2’067 francs en intérêts. C’est pas énorme, mais vous ne vous êtes pas pris la tête, et vous êtes quand même un peu plus riche. Quoique…
On a oublié le renchérissement. Les 10’000 francs que vous avez touchés en 1996 ne valent plus autant ! Les prix ont grimpé, les primes d’assurances et le loyer aussi, quant à votre salaire… il devrait avoir fait de même. Au total durant la même période, le renchérissement s’est élevé à 13%, ce qui est encore correct, grâce à la prudence légendaire de la Banque Nationale Suisse. Donc, votre gain réel, n’est plus de 2’067 francs, mais de 680 francs. Ou 45 CHF par année… à partir d’un capital de départ de 10’000 francs, ça fait déjà moins glorieux. Sans compter que vous avez encore dû payer les frais bancaires et des impôts sur les intérêts créditeurs. Au final si vous n’avez pas perdu de l’argent vous pouvez être content. Pire, si vous aviez placé cet argent à partir de 2004 seulement, vous perdiez de l’argent à coup sûr (en termes réels) !

Du coup, quand on y pense, on dort déjà moins sur ses deux oreilles. Mais bon, au moins on n’aurait pas tout perdu en bourse ! Ah oui, tiens, qu’est-ce qui se serait passé si on avait investi dans la bourse suisse durant la même période (1996-2010) ?
Le SPI (Swiss Performance Index) qui regroupe l’ensemble des actions cotées à la SIX Swiss Exchange, affiche durant la même période une rentabilité totale (avec dividendes) de 166% ! Cela signifie que les 10’000 francs hérités de votre grand-mère vous auraient rapporté 16’660 CHF. Vous auriez donc aujourd’hui un capital total de 26’660 francs. Bien entendu, il vous faut encore soustraire 1’300 CHF pour la perte du pouvoir d’achat, et payer quelques frais bancaires et des impôts sur les dividendes (et uniquement les dividendes, pas sur le gain en capital !). Mais même avec ces déductions, et même si vous aviez considéré l’année 2011 qui était médiocre sur les marchés financiers, vous vous en tireriez avec un bilan qui est sans commune mesure avec celui d’un compte épargne. Et pourtant la période observée ci-dessus est loin d’être idéale pour la bourse…
Maintenant je vais porter l’estocade. Il y a un dernier point dont on parle rarement et c’est même étonnant quand on y pense. Pourquoi croyez-vous que les millionnaires suisses possèdent tant de titre déposés auprès de leurs banques ? Juste l’appât du gain ? Il y a certainement un peu de cela, oui, mais ce n’est pas tout.
Jusqu’à la disparition de Lehman Brothers en 2008, on croyait les grandes banques à l’abri de la faillite. Mais depuis lors, on ne fait plus que de parler de ce risque. Pour calmer le jeu, la garantie des dépôts a dû être augmentée à 100’000 francs. La loi fédérale sur les banques prévoit ainsi que les dépôts effectués auprès d’une banque, en cas de faillite de celle-ci, sont privilégiés, dans la mesure où ils sont honorés en premier sur les actifs de la banque en faillite, avant les créances des autres créanciers non privilégiés. Le système de garantie des dépôts des banques et négociants en valeurs mobilières garantit le remboursement des dépôts en cas de liquidation forcée ou de mesure de protection. Si les actifs de la banque considérée ne suffisent pas à payer l’ensemble des dépôts, leur paiement est garanti par les autres banques.
Tout ceci n’est pas très clair… on parle de dépôts privilégiés et de paiement garanti par les autres banques. On peut se demander ce qu’il adviendrait en cas de faillite systémique, comme on en parle actuellement. Si l’ensemble du secteur financier se porte mal, sans compter les Etats qui n’ont plus les moyens de lui venir en aide, cette garantie sera tuée dans l’oeuf. Et puis dans le meilleur des cas, ça se limite à 100’000 francs. Pour beaucoup d’entre nous ça suffirait, mais pour un millionnaire c’est plus ennuyeux, même en plaçant ses billes dans plusieurs banques.
C’est là que ça devient intéressant car jusqu’ici on n’a parlé que des dépôts bancaires. Contrairement à ces derniers, les valeurs déposées (par ex. actions, parts de placements collectifs et autres titres) sont la propriété du client. En cas de faillite d’une banque, elles sont immédiatement et intégralement distraites de la masse, c’est à dire qu’elles ne tombent pas dans la masse en faillite mais sont remises aux clients. Cette réglementation concerne toutes les valeurs déposées, mais aussi les métaux précieux conservés à la banque et propriété du client.
En conclusion, pour autant qu’on diversifie ses placements, investir en bourse est moins risqué et plus rentable que placer ses sous sur un compte épargne. Juste histoire de dormir sur ses deux oreilles.
Jérôme Werlen
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Le 6 janvier 2012 par : gavroche76
Bonjour,
Je ne connais pas la législation et la règlementation suisses. Toutefois, il est fort probable qu’elle ressemble à celles des autres États occidentaux.
Lors de la récente faillite de MF Global, nous avons constaté que les comptes des clients ont été littéralement pillés alors qu’ils devaient être séparés de ceux dont l’institution se servaient pour faire ses paris débiles sur les dettes souveraines européennes. Ainsi en est-il des entreprises des fermiers qui croyaient avoir des contrats à termes sur les commodités et pour les investisseurs qui croyaient être protégés par le même type de contrat sur l’or à titre d’exemple. On connaît la suite...
Je suis Canadien et je suis client d’une des grandes banques canadiennes. Comme vous le savez probablement, les banques canadiennes sont (supposées être) très solides. Qu’en est-il du statut juridique des actions que j’ai achetées par l’entremise de leur filiale de courtage à escompte ? Si par exemple j’achète des actions de Coca-Cola, ma banque demeurera le véritable titulaire de ces actions, bien qu’il les détienne en mon nom. C’est la raison pour laquelle nous votons aux assemblées d’actionnaires par ’’proxy’’ (procuration). Chez Coca-Cola, aucune trace de mon titre de propriété. Si ma banque devait faire faillite, je n’aurais qu’une créance à l’égard de celle-ci, rien de plus.
La plupart des États, dont le Canada (et la province de Québec d’ailleurs), ont des fonds qui protègent les épargnants et clients. Or, ces fonds sont pratiquement jamais capitalisés, et je vois mal comment feraient nos états surendettés pour couvrir le manque à gagner.
En somme, je considère que notre statut d’actionnaire, lorsque nous le sommes par l’entremise d’une institution financière, sera hasardeux s’il fallait que notre institution déclare faillite dans un contexte de crise généralisée.
Le 6 janvier 2012 par : sgrnsg
@gavroche
Auriez-vous des liens démontrant qu’au Canada les véritables titulaires des actions sont les banques et non les clients ?
Des courtiers indépendants comme Questrade sont-ils titulaires des actions comme les Banques ? Sinon en connaissez-vous ?
Est-il possible de rapatrier les titres dans les mains des banques ?
Merci d’avance
S.
Le 6 janvier 2012 par : enzov12
Monsieur Werlen votre raisonnement est bien trop approximatif. La question n’est pas de savoir s’il faut conserver ses économies sous un matelas, ce qui est une évidence, mais dans quel actif il faut investir.
Or si vous dîtes à beaucoup de gens autour de vous qu’il faudrait investir dans des métaux précieux (or par exemple) vous serez très largement pris au sérieux. Et votre plus value entre 2002 et 2012 (encore plus court qu’entre 1996 et 2012 !) est de ...200% ce qui avouez le est beaucoup mieux que vos vulgaires bouts de papier que vous appelez action !
Plus sérieusement le véritable problème est qu’avec les actifs qui rapportent comme l’immobilier ou l’or, en France -en Suisse je ne sais pas- on se fait véritablement racketter :
plus values taxées à 35% ou taxe de 8%... du prix de vente.
taxes sur l’immobilier (foncière) et maintenant... 33% de la plus value éventuelle de la résidence secondaire, énorme difficulté d’expulser un locataire qui ne paye pas, etc.
Pas étonnant que de nombreuses personnes, dont je fais partie, cherchent à rester cash !
Le 7 janvier 2012 par : Vincent BENARD
Heureux suisses, dotés de banques gérées selon des principes sains.
En France, les contrats sur la propriété des titres en cas de faillite sont hélas nettement moins clairs.
Si un lecteur a des précisions sur la législation et les pratiques des banques françaises en la matière, je suis preneur.
@gavroche 76 : Olivier Crottaz l’avait déjà explique dans ces colonnes. La législation suisse est on ne peut plus claire : les titres appartiennent aux clients, et si certaines banques proposent de pouvoir reprêter vos titres contre rémunération, vous pouvez vous y opposer.
Mais la Suisse est un havre de bon sens dans un monde de non sens.
