Aymeric PONTIER : Warren Buffett veut payer plus d’impots
J'apprécie beaucoup le personnage sympathique de Warren Buffet, comme beaucoup d'entre vous, j'en suis sûr. Comment ne pas aimer un homme d'affaires qui déteste tellement l'argent qu'il exige un salaire très nettement inférieur à celui qu'il serait en droit de recevoir, après avoir rapporté tellement aux actionnaires de son entreprise ? Comment ne pas aimer un spéculateur de génie, qui a fait fortune grâce aux krachs boursiers, et qui a décidé de léguer toute sa fortune à une fondation humanitaire ? Pour en savoir plus, je vous conseille ce livre.
Depuis deux jours, l'éditorial qu'il a fait publier dans le New York Times fait fureur des deux côtés de l'Atlantique. Ce n'est pas tous les jours qu'un milliardaire aussi admiré supplie son propre Gouvernement d'augmenter les impôts sur ses revenus... La presse française, majoritairement favorable à des hausses d'impôt sur les français "les plus riches", s'en donne à coeur joie : Le Monde, Libération, Rue89, et même Le Figaro :
"Buffett ironise sur l'attitude protectrice du Congrès, comparant les méga riches aux espèces protégées, comme si des impôts plus élevés risquaient de faire disparaître les plus fortunés. Le financier se moque également des raisons avancées par les conservateurs eu Congrès pour ne pas taxer les riches. "Les gens investissent pour gagner de l'argent," écrit-il, "et les impôts ne les ont jamais découragés de faire ces investissements. Et à ceux qui affirment que des impôts plus élevés nous coûtent des emplois, je ferai remarquer qu'un total net de 40 millions de nouveaux emplois a été créé entre 1980 et 2000. Et vous savez ce qui s'est produit ensuite : un taux d'imposition réduit et un nombre de nouveaux emplois très inférieurs."
Cependant, il avance un point très intéressant, qui concerne aussi bien la France que les USA : la plus faible taxation des revenus du capital que ceux du travail, qui favorise les plus riches puisque les classes moyennes et populaires ne concentrent pas un nombre très élevé d'investisseurs, c'est peu dire. En France, cela permet aux plus fortunés d'avoir un taux d'imposition légèrement inférieur aux classes moyennes hautes. Voir les travaux de l'IFRAP.
A cette "injustice", il y a deux réponses possibles : augmenter la taxation du capital ou diminuer celle du travail. Mais, dans le contexte budgétaire catastrophique des USA ou de la France, ce n'est certes pas le moment idéal pour réduire les prélèvements. De plus, même en augmentant la taxation des revenus du capital, cela ne couvrait pas les déficits abyssaux que connaissent les deux pays. Quant à la réduction des dépenses, elle est toujours très impopulaire, c'est pourquoi elle n'est presque jamais appliquée dans de tels cas de figure, au mieux les politiciens les plus "courageux" se contentent de freiner leur envolée ou de bloquer leur progression.
Bref, la situation semble bloquée, presque inextricable. Et, on risque fort de mécontenter tout le monde, sans pourtant être sûrs de pouvoir en sortir indemnes. En tout cas, à court terme.
Il faut noter que Warren Buffet est loin d'être le seul "mega-riche" désireux de voir ses impôts augmenter. Je parle ici du mouvement "Fiscal Strengh" réunissant des dizaines de "millionnaires patriotiques" comme ils se nomment eux-mêmes qui supplient le Président Obama et le Congrès de revenir sur les réductions d'impôts qui datent du mandat Bush.
Cependant, j'aimerais apporter quelques éléments. Tout d'abord, il faut savoir que la redistribution des revenus aux USA est très importante, plus qu'en France même : plus de 40% des recettes fiscales pèsent sur les 10% les plus aisés. En France, c'est à peine 30%. Mais, à décharge, il ne faut pas oublier que les richesses sont beaucoup plus concentrées là-bas qu'ici. Et si, les pauvres et les membres de la classe moyenne sont beaucoup plus aidés et protégés en France, ils sont également beaucoup plus taxés. Car, il faut sans cesse se rappeler que, dans un pays dont les dépenses publiques représentent plus de 50% des richesses créées comme en France, les prélèvements obligatoires frappent forcément les plus démunis d'une façon ou d'une autre.
Pour en revenir à Warren Buffet, dans sa récente biographie, la première recommandation de l'oracle d'Omaha à l'auteur est la suivante : "Si vous entendez une version des faits différente de la mienne, choisissez la moins flatteuse". Rendons-lui justice et prenons-le au mot.
S'il est vraiment désespéré à ce point de ne pas pouvoir donner plus d'argent à l'Etat fédéral. Qu'est-ce qu'il attend pour faire un chèque au Trésor ? Ce serait encore la solution la plus simple et la plus rapide ! S'il attend que les politiciens se mettent d'accord pour taxer les riches, cela risque de durer un moment. Donc, autant agir tout de suite ! Ou alors, peut-être n'est-ce qu'une façon de se faire "bien voir" ? Pour un homme réputé aussi généreux que lui, ce serait dommage de voir son altruisme être remplacé par une sorte de "conscience fiscale".
PS : Vous pouvez lire l'article du New York Times traduit en français sur Courrier International.
Aymeric PONTIER
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Le 17 août 2011 par : Marc Dagher
Bonjour Aymeric,
Comme toujours, j’aime ce que vous écrivez. J’avoue cependant être surpris de voir que vous omettez le second "t" à "Buffett" mais rien de grave.
Cordialement,
Marc
Le 17 août 2011 par : Aymeric Pontier
Bonjour Marc,
Argh ! Quelle horreur ! Je ne m’en étais absolument pas rendu compte, j’ai oublié le second t à chaque fois. Enfin bref... :)
Le 17 août 2011 par : ernest07
J’ai quasiment lu tout ses livres, surtout les plus anciens.
Je ne le crois pas sincère sur ce coup là. Je crois même que c’est un moyen d’accroïte sont avances sur ses concurrents. Et en même temps d’être populaire.
Buffet n’est pas attiré par le luxe, il ne dépense pas plus qu’un cadre moyen. Une seule chose l’intéresse faire le plus gros score, c’est sa raison d’être.
Les taxations touchent les salaires et les dividendes. Buffet n’a ni l’un ni l’autre. Il a longtemps expliqué que moins on bouge et moins on paie de taxe.
BH ne verse aucun dividende. Il se verse 100k$/an.
Il passera à travers les lois, sauf si les US votait un ISF Francais.
Le 17 août 2011 par : Jérôme Werlen
petite précision : BH ne verse pas dividende, mais Buffett aime acheter des sociétés qui affichent un long historique de dividendes
Le 20 août 2011 par : popaldebaran
C’est la négation d’une vie d’investisseur de croire que l’Etat est capable de dépenser plus utilement votre argent que ce que vous pourrez créer de richesses - y compris pour la société - en l’investissant intelligemment !!!
Ce Monsieur nous promène, il a des objectifs cachés. En augmentant le taxation des plus-values il espère freiner les ventes et ralentir la baisse, lui qui va devoir rester investi.
Mais pour rappeler une phrase célèbre, il aura l’augmentation des plus-values et la baisse !
